Un aller simple
Didier Van Cauwelaert
Livre de poche - Albin Michel 1994
Il fallait bien un prix Goncourt dans cette chronique, histoire de montrer qu'on a de la tenue au "Pari ".
Un aller simple raconte l'histoire d'Aziz, jeune supposé-beur-compte-tenu-de-son-teint-mat , receuilli dans une voiture accidentée et élevé par des gitans de la banlieue de Marseille. Le jour de son mariage, au " café Marchelli, à la forntière de notre cité, sur une passerrelle au dessus de la rocade ", Aziz est arrêté à l'occasion d'une rafle de police. Ses faux-papiers le déclarent marocain, il sera donc reconduit dans son pays " d'origine "....dont il ne connaît rien !. Les autorités veulent toutefois démontrer à la presse leur grande humanité dans la conduite de ce type de procédure et décident de faire un exemple avec Aziz : à cette fin, ils décident de le faire accompagner par un jeune attaché humanitaire (que le microcosme parisien a rendu complètement dépressif), en vue de faciliter sa réinsertion au Maroc.
Vu le scénario, il est donc inutile de préciser que " un aller simple " n'est pas un roman naturaliste. La valeur de ce roman ne résulte vraiment ni du réalisme des situations et des personnages mais du simple fait qu'il s'agit d'une très belle, et souvent très drôle, histoire d'amitié et d'amour. Le pays d'origine d'Aziz, le seul qu'il revendique, c'est Marseille, sa zone et son soleil.
*
" -On va te ramener chez toi, Aziz.
J'ai remercié, mais ce n'était pas la peine : je n'avais plus de "chez moi" et j'avais perdu Lila ; autant laisser la justice suivre son cours.
-Tu n'a pas compris Aziz. Te ramener chez toi, ça veut dire : dans ton pays.
-Mon pays ?
- Le Maroc.
J'ai mis un temps à comprendre, et puis je me suis souvenu que sur mes papiers, en effet, j'étais marocain, mais comme ils auraient marqué tunisien, algérien ou Syrien ; c'était juste pour faire vrai, ça n'était pas une preuve.
-Ils veulent faire un exemple, Aziz. Ils sont obligés de te renvoyer d'où tu viens.
Alors là j'ai dit : pardon. Je veux bien être un exemple, mais j'ai fait ma vie comme étranger en France ; je ne vais pas la recommencer comme étranger dans un pays où je serai le seul à savoir que je ne suis pas chez moi. J'ai déjà eu assez de mal avec les Tziganes. Je suis Aziz, fils d'Ami 6 de chez Citroën, et je suis de Marseille, comme toi, enfin Pignol, quoi, merde ! Ca se voit, ça s'entend ! (...)
Et il m'a expliqué en gros que pour lutter contr le racisme en France, il fallait renvoyer les immigrés chez eux. J'ai continué à me taire, mais ça me paraissait bizarre de lutter contre une idée en la mettant en pratique. "