Article paru dans la Tribune Desfossés du 14 octobre 1996, dans le cadre de la semaine spécial Marseille.
A TCHAO les fadas ! Comme nous, vous avez quitté la protection de la Bonne Mère. Comme nous, vous avez le mal du pays. Les cigales, la mer, l'odeur de la garrigue, l'apéro entre collègues Il est dur de retrouver tout ça au Québec ou en Alsace, au Brésil ou en Suède !!! Pas de panique, nous sommes là pour vous permettre de retrouver l'air de notre ville. » Dès la première page du site Internet « Le Pari de Marseille », l'exilé phocéen sait à quoi s'en tenir. Le voilà en pays conquis. Rien ne prédisposait pourtant Charles Tiné à s'installer sur le Net et à y développer le premier service destiné aux Marseillais d'ici et d'ailleurs. Travaillant dans une salle de marchés, cet homme âgé de trente et un ans souffre d'un handicap sérieux : il est parisien.
« Favoriser les échanges entre Marseillais et exilés
»
Un terme souvent péjoratif dans la capitale provençale.
A la faveur d'un mariage avec une Marseillaise, Charles Tiné découvre
le Vieux Port, Notre-Dame de la Garde, le Château d'If et les Calanques.
Il en revient conquis.Il désire partager à son tour cet amour.
Et communiquer son optimisme sur l'avenir de la cité pho-céenne.
De rencontres en amitiés avec quelques Marseillais de Paris, naît en décembre 1995 une association, « Le Pari de Marseille ». Un jeu de mot destiné à mettre l'accent sur son objectif : « Je veux créer un réseau pour participer au développement et au renouveau de la ville. Mon ambition est de faire découvrir sa réalité et de favoriser les échanges entre Marseillais et exilés. » En février dernier, Charles Tiné s'implante sur Internet. Hébergé par le centre serveur français Integra, son site recense près de deux cents Marseillais installés dans trente pays. Et enregistre aujourd'hui 3.000 connexions mensuelles provenant d'une trentaine de pays. Il vient de gagner le concours des Webs d'or printemps- été 1996 dans la catégorie association. Au menu de l'internaute phocéen : des fiches de cuisine provençale, des informations sur la vie économique de la cité, des pages culture, les dernières blagues marseillaises et des petites annonces gratuites. Le réseau dédié aux Phocéens ne pouvait pas, de plus, faire l'impasse de l'indispensable rubrique sur l'Olympique de Marseille (résultats et infos sur le club de football). Un accord avec l'Eveil, un hebdomadaire local, permet aux expatriés du monde entier de suivre l'actualité de leur ville (politique, économie et culture). Des forums assurent un dialogue permanent et favorisent les échanges entre connectés. Ces derniers bénéficient également d'un service pour connaître instantanément l'adresse électronique de l'exilé marseillais le plus proche de leur domicile. A terme, Charles Tiné souhaite organiser des colloques. Tout ceci demande une grande logistique mais le patron du réseau « refuse d'entrer dans le côté institutionnel. Je préfère accentuer la convivialité ». En septembre dernier, le site pouvait être consulté à bord du Napoléon Bonaparte. Le bateau phare de la Société Nationale Corse Méditerranée accueillait pendant trois jours la manifestation World Med (600 participants de 46 pays). Pour la prochaine édition en 1999, Charles Tiné envisage un partenariat direct avec l'organisateur, la chambre de commerce et d'industrie Marseille-Provence.
FRÉDÉRIC DUBESSY À MARSEILLE