Un évènement dans la vie culturelle massilienne!

LE DICO MARSEILLAIS
"d'aïoli à zou !"
(Ed. Jeanne Laffitte - mai 1998 - 90 francs)

30 ans après le Bouvier ("Le parler Marseillais"), voici une mise à jour indispensable de notre belle langue à laquelle ces pébrons de parisiens comprennent nibe! Plus de 700 mots ou expressions que je suis certain que vous ne connaissez pas toutes... Attention, c'est pas une blague: les deux auteurs sont des pro de la langue... non pas de la furade! des linguistes avé la thèse et tout....

Les collègues du PdM ont participé activement à cet ouvrage dans lequel vous retrouverez des expressions largement utilisées par les fadas de la liste des exilés (Oh Trooooommmmpette, tu te reconnais???). Lorsque tu verras (PdM) après une citation, ca voudra dire que ça vient d'un collègue du Pari de Marseille... et ceux qui disent que c'est surtout des expressions de Cécile C. et Michel Pa. sont que des bouches.

Voici en avant première quelques extraits de ce chef d'oeuvre, et n'oubliez pas de nous rejoindre dans l'autre évènement de cette année:

L'annuaire mondial des Marseillais


Si tu n'as pas le moral,
Si tout te paraît idiot,
Vient dans notre scénario
A Aïollywood (Massilia Sound system, 97)

Le Verbe, dès les commencements, a soufflé sur Marseille. Cette ville qui a fait négoce de tout est un sonore marché aux mots, un étal vivant de langues, une criée hâbleuse et colorée. La cité marchande accueille et digère les denrées verbales qui arrivent par vagues de tous les continents, et maintient avec force ses sources fondatrices. Marseille est inventive et résistante à la fois. Les mots des autres, ceux tirés des soutes ou dérobés aux comptoirs, étrangers et barbares, elle finit toujours par les assimiler, en les détournant, en les accentuant, en les musicalisant. Elle se les approprie, les acclimate et alors seulement, elle les déguste goulûment comme des coquillages.
Comme dans les autres provinces françaises, elle a naguère subi les assauts de la standardisation, de l'alignement linguistique, mais, différemment des autres, sans doute, elle a détaché et cajolé des pans entiers de son parler, qui ont gagné le maquis. Marseille, à travers ses fils directs ou naturalisés, se réachalande chaque jour aux vieux docks de sa langue. Elle y est poussée par une forte aspiration identitaire, un esprit de connivence interne et collective, fièrement arborée, mais aussi par une sourde résistance au parisianisme - de là certainement le peu d'impact du verlan sur le langage des jeunes - et un refus du mythe américain auquel le slogan "Aïollywood !" fait un assez joli pied de nez.
Dans l'étonnant manteau d'Arlequin des parlers de Marseille, qui s'est tissé et rapiécé tout au long de l'histoire, on remarque, du babil anodin aux joutes des tribuns, de l'acteur pagnolien au rappeur des cités, une forte propension à la surenchère verbale. A Marseille, la faconde fait éclater la chrysalide du mot et le verbe se grise alors de son essor, s'enfle au contact de l'auditoire et s'envole hors-champ comme feuilles au mistral. Ce sont mots de chair et de lumière qui veulent vivre au pays ou porter au loin ses couleurs, quand le vent de l'aventure les y pousse. Ce sont leurs formes, leur haleine, leur actualité, leur trésor de vitalité, mais aussi les durs conflits qu'ils sous-tendent, l'humour et la grimace, l'impudeur et le charme, qu'on veut décrire et offrir en partage dans les colonnes vivantes de ce dictionnaire. Pour témoigner, en une sorte d'arrêt sur image, de l'état fugace ou durable des parlers du Marseille d'aujourd'hui.

La pêche aux mots

Ces mots de l'exception marseillaise sont volages, instables - plus dans leurs usages que dans leurs formes d'ailleurs - et leur transcription écrite, on le sait, est fortement aléatoire ; ils narguent le collectionneur et échappent au lexicographe qui prétend les fixer dans son "verbier", comme fait un botaniste lorsqu'il tranche une vie pour la mieux observer. Car ces drôles de spécimens se reproduisent en se transformant, changent de peau et muent aujourd'hui à la vitesse d'une génération, voire d'une décennie. Leur inventaire est toujours provisoire, toujours à recommencer.
Les mots de Marseille, qui ont poussé dans le terreau provençal, leur substrat naturel, trouvent leur place dans les dictionnaires provençaux dès le XVIIe s. On les débusque ensuite dans les dictionnaires du français national, qu'il s'agisse du standard ou de l'argot, ou, plus récemment du parler des jeunes générations (1), sous l'étiquette "origine provençale" ou "origine marseillaise". Plus près de nous, la collecte d'Auguste Brun, Le Français de Marseille (1931) et celle de Robert Bouvier, Le parler de Marseille (1985) auquel nous renvoyons fréquemment pour les entrées qui nous sont communes, ont déjà pris rang de "classiques" (2)

Mais aujourd'hui même comment s'y prendre pour capter les mots qui accompagnent les changements vifs et rapides, sans précédent peut-être, de la société marseillaise, pour comprendre ce qui se dit, se fait, ce qui se détruit ou se construit aux rives du Vieux-Port ?
Jusqu'ici on a fait très largement appel à l'intuition, au vécu personnel, aux témoins familiers pour édifier des répertoires, en majorité peuplés de "mots de bouche". Mais de ces témoins, on ne sait rien, ni leur nombre, ni leur âge, leur origine sociale, leur quartier, le temps passé dans la ville, etc. Il y avait nécessité à donner un visage, un nom à ces absents opaques, qui sont les précieux porte-voix de Marseille. Une enquête préliminaire a été menée en situation de communication réelle : aux arrêts de bus, dans les bars, sur les marchés, dans les foyers de jeunes, les discothèques, etc., viviers contemporains du langage marseillais. Une quarantaine de témoins appartenant à différents quartiers de la ville, d'âge - les moins de 30 ans y figurent pour moitié -, de milieux sociaux et d'origine très variés, ainsi que des Marseillais récents, habitant la ville depuis moins de dix ans, ont été invités, au cours d'entretiens d'une durée moyenne de deux heures, conduits par des collaborateurs enseignants, à tester et à commenter au départ 300 formes d'usage (3). Quelques astuces de métier pour les inciter à produire les mots attendus et entendus, ou d'autres inespérés, et l'inventaire s'est trouvé considérablement élargi.

Le domaine de l'écrit, peu exploité auparavant, a été systématiquement pris en compte. Il s'agit d'une littérature récente en pleine vigueur, poussant à pleine voix les notes fertiles du cru, romans et témoignages qui se déroulent plein cadre à Marseille, de bandes dessinées "massaliotes" depuis 1968, de journaux et feuilles de quartier, de textes de chansons des trente dernières années produites par des groupes connus (Quartiers Nord, IAM, Massilia Sound System...), qui ont fait sonner partout l'esprit et la verve de Marseille. Enfin, pour saisir au vol la création verbale, dans le temps réel de sa production, il ne fallait pas ignorer Internet, ce prodigieux laboratoire et ce bavard "piège à mots", cette "cyber-langue" qui tisse sa toile sur le monde entier. Des sites comme le "Pari de Marseille", ceux non officiels de l'OM, des groupes musicaux, des locuteurs "exilés" et nostalgiques de leur ville, ceux qui se désignent humoristiquement comme "la diaspora de la tapenade !", ont été consultés et ont dialogué urbi et orbi avec les auteurs.
Comment, finalement, apprécier le caractère marseillais de ce dictionnaire, sachant qu'un nombre appréciable de mots retenus sont des provençalismes en usage hors Marseille?
A côté d'un certain nombre de précautions données en annexe, c'est le point de vue des usagers qui a été privilégié plutôt que les seuls critères objectifs comme la fréquence des mots, leur dispersion géographique, dans le temps ou dans différents types de sources, orale et écrite. Ces usagers ne sont pas seulement les Marseillais de "souche", notion contestable en général et à Marseille en particulier. Ce sont les mots que nos interlocuteurs se représentent comme "marseillais", qu'ils ressentent comme tels, parce qu'ils traduisent une forme particulière d'expérience du monde (y compris d'expérience sociale), et c'est par exemple le vocabulaire du jeu de boules, de la pêche, du pastis. Ou encore, parce qu'ils sont des "synonymes" de mots du français standard dans des registres de connivence, de proximité communautaire : le "cabanon", ce n'est pas n'importe quelle résidence secondaire les "pieds dans l'eau", mais un mode de vie et de relations humaines singuliers. Enfin, parce qu'il s'agit de mots identitaires à travers lesquels les personnes définissent leurs particularités de Marseillais, la fortune du mot "aïoli" par exemple éclairant bien une telle valeur.
C'est, en définitive, l'usage vivant des mots de Marseille que l'on découvrira ici, et non le savoir a priori et académique des concepteurs, mais des termes très contemporains ou des significations nouvelles de mots anciens.

Aganter (aguinter)

Le provençal aganto, naturalisé français dans une orthographe par ailleurs variable selon la prononciation, est tout sauf un verbe vieilli. Bien des réalités peuvent ainsi être "attrapées", "coincées", "serrées" : "-Cette andouille, il s'est fait aganter par les condés" (BOU). Sur le plan footballistique, ce n'est pas seulement le ballon que le gardien doit "attraper" pour avoir les honneurs du Virage Sud. Le sélectionneur doit aussi faire preuve d'esprit d'entreprise : "-Gili, il a le flair pour aganter les maximum buteurs à l'OM" (Or.). La sieste peut être l'occasion...justement de ne rien "coincer" d'autre que le temps qui passe : "-C'est le bon coin pour t'aganter la bulle solo" (Or.). Sur le mode de la supplique de l'homme pressé par le besoin, on reconnaîtra l'expression que tout Marseillais se doit de présenter en hommage, à défaut de ses attributs : "-Agante moi les alibòfis". La chanson marseillaise explore le milieu et le mot s'y retrouve fréquemment. Petite bêtise de jeunesse qui tourne mal, dans la complainte de Zize et Freddy : "-Par la flicalha i' se font aganter/ A l'Evéché i'les ont embarrés" (Folklore càcou), aganter et embarrer, servent à faire parler ceux qui se taisent. Aguinter intégre en les confondant la forme provençale et le terme guinter, qui dans le parler des jeunes, a le même sens que le précédent : "-Quand les condés m'ont aguinté, le commissaire m'a fait cracher" (Qn). Le verbe plus récemment mais aussi plus rarement a pris le sens de "se disputer", "en venir aux mains" : "-Parole, je me suis aganté acque* lui que j'allais le fumer, presque" (Or.).


Aïl Teque (tech)

Quand les Marseillais font leur beurre dans les "technologies de pointe", que les anglomaniaques nomment "high tech", c'est toujours la même cuisine et en mettant le monde au parfum : "-Moi j'suis Aïl têquô à mort et du sol au plafond, con!" (Or.) ; "-Ingénieur aïl tech exilé dans quèque part sur la planète grisaille cherche boulot au cagnard*" (PdM).

Aïoli

Au sens propre, le nom dont le genre (masculin ou féminin) fait l'objet d'une discussion homérique dans le film Marius et Jeannette (1997) désigne une nourriture arômatique et stimulante, caractéristique de la cuisine provençale, un coulis d'aïl à l'huile d'olive ou bien un plat à base de morue, de légumes et accompagné d'une sauce aïoli : "- Parfois, pourtant, le soleil, lassé de voir Marseille si austère, la darde d'éclats jaunes dont elle daigne teinter son pastis et son aïoli" (Vé). C'est le plat de l'excès, goûté dans tous les milieux sociaux : " - Ce midi, avé* les collègues*, on va se casser le ventre à l'aïoli au Bar des Pêcheurs". Mot provençal, naturalisé marseillais, il s'est enrichi récemment de sens nouveaux. Aujourd'hui, l'aïoli sort de la cuisine et devient élixir universel : "- Pour tes problèmes de vision, viens voir le Dr Papet ! j'ai un remède exceptionnel : c'est du collyre à l'aïoli" (Mss). Dans la cosmopolite cité phocéenne, il est le synonyme par excellence de mélange. Il symbolise le métissage, plus particulièrement des genres littéraires ou musicaux : "- La recette que César explique à son garçon, j'en fait un aïoli qui met la vibration" (JC).
Essence vitale, le plat est emblème identitaire régional, et ce déjà à la fin du XIXème siècle : "-Cette société de l'aïoli avait pour but de faire manger à l'aïl une fois par mois tous les méridionaux résidant à Paris, histoire de ne pas perdre le fumet ni l'accent de la Patrie" (Daudet).
Lorsque Marseille devient ville mythique, Sunset Marseille, oeuf du monde dans les phantasmes de ses habitants, c'est aïollywood, titre en forme de mot-valise du dernier album du groupe de reggae et raggamufin Massilia Sound System : "- Aïollywood, c'est ce que tu voudrais que soit Marseille dans tes rêves, c'est ta mythologie de la ville, ta cosmogonie" (MSS).
Les expressions tutélaires Aïolï, Aïoli sur toi !, Grand (ou bon) aïoli sur toi ! ou plus récemment Aïoli Power qui marquent l'entrée ou la fin de conversation, à la fois forme de salut et souhait de bonne chance, vont jusqu'à incarner une sorte de manne marseillaise, vitale et communautaire : "- Grand aïoli sur tous les poètes locaux d'ici ou d'ailleurs, car tu le sais Raggamuffin local est international... comme toujours Massilia arrive et monte l'aïoli" (Mss); "-Frais-Vallon. Des HLM, pas d'horizon.-Aïoli! cria l'in d'eux" (IZZ).
Processus primal, l'aïolisation vise au retour à l'origine, à la reconstitution de l'oeuf primitif : "-Je cherche une femme pas trop belle mais pas laide pour aïolisation primaire" (Or.).
Le marseillais aïoli ou aïolisé (adjectif ou participe passé) est exalté, excité, en transes. Incontrôlable, en somme : "- Ties aïoli de longue*, ma parole, quand tu vois une fille, on te tient plus ! "-Le vaudou de l'aïoli envoûte et chamanise ceux qui se soumettent à son influence : "- Je cherche une recette sacrée pour être aïolisé en permanence" (Vé).
Grâce à sa sonorité propre (son accent tonique), "aïoli" s'est incorporé à la matière musicale, où on le trouve comme synonyme d'ambiance, vibration. Quand on donne de la puissance, l'aïoli monte et la fête explose : "- On vient dans la danse pour faire monter l'aïoli (H)". En se politisant, l'expression "monter l'aïoli" peut traduire l'atmosphère de fête libertaire et l'excitation des sens qui s'en dégage : "- Pour prendre la mairie, supprime les képis, légalise la sensi, fais monter l'aïoli"(Mss).
L'expression pédaler dans l'aïoli a le même sens que ses équivalents culinaires nationaux et familiers : "pédaler dans la choucroute, la mélasse, le yaourt..." : "-Tous ces moutons qui rêvent d'être caniches, ils pédalent dans l'aïoli" (Or.).
Yéba ? Aïoli !, expression synonyme de "en avant!" est un cri de paix, un code de ralliement identitaire pour les générations reggae des années 70, une invitation à bouléguer*, créée par Jo Corbeau : "- Verse dans un mortier en vrai bois d'olivier/Un très grand tiers de Rock un grand tiers de reggae/Un très grand tiers d'humour et un grand tiers de joie/Compte bien quatre tiers et pilone avec foi/ Yéba Aïoli ! Yéba Aïoli!" (J.C) (Voir Yéba*).


Bouche

Désignation du tout par la partie, nom féminin pour "bavard impénitent", "grande gueule", "fanfaron" : "- C'est quand même bizarre qu'ils ne m'aient pas poursuivi les deux grosses bouches qui voulaient me crever" (CAR). Le nom peut désigner autre chose qu'une personne, situation ou lieu qui ne tiendrait pas ses promesses : "-Marseille, Bouche de vieille " (Léda Atomica).
Avec le même sens, plein de bouche est une désignation méprisante pour le "beau parleur" : "-Plein de bouche que vous êtes tous à pas m'écrire" (PdM).
Le substantif entre dans l'expression avoir de la bouche qui signifie "parler sans être capable de faire ce qu'on dit" : "-Laisse, Louis! Le marin il a que de la bouche. C'est un farfanti!" (C&A).
L'expression se faire la bouche a le sens de "s'embrasser" :"-Cheudeu la bouche qu'ils se font devant, accélère ah, maintenant que tu as bien goûté!" (Or.).
Au registre de l'interjection méprisante, on citera comme synonyme "O trompette!" :"-OO trompeeeteu : insulte hybride entre "pipeau" et "bouche" (PdM).


Boulégon (boulégan(t)

l v Ce nom masculin doit son sens de "personne remuante" au provençal boulegoun. Il désigne une catégorie d'individus ethniquement caractéristique de la vitalité marseillaise, d'où la forte fréquence du mot dans l'usage aujourd'hui : "-Pas de mouligasse, que des boulégants qui sautent en l'air" (Mss).
Le verbe bouléguer, remuer ("boulègue pas le bâteau !") connaît une fortune particulièrement heureuse, en tant qu'expression de la "fureur de bouger", de la "movida" marseillaise : "-Le supérieur hiérarchique lance un "boulégon" qui fait sauter le jeune nordiste de son tabouret" (CAR). Cet "allez, en avant!", c'est l'apostrophe du bonheur : "-Boulègue-toi mon collègue*, la vie te paraîtra moins laide" (Mss). Un seul idéal vaut la peine pour le Marseillais, le boulégan perpétuel : "-Plus tu te boulègues et plus tu te boulègueras" (Mss). Impératif catégorique de la vie communautaire, il est indissociable de la naissance de la tribu marseillaise: "- Crée ton Commando et va bouléguer tes voisins!" (Mss). Avec pour conséquence, rien moins que la promesse du nirvana : "-Tu peux t'éveiller, tu peux te mettre à bouléguer dans tous les quartiers"(JC). Parfois, quand l'histoire ne fait plus galèger, le verbe résonne comme un appel à la résistance : "-Ah tu le sais, cousin*, à Marseille comme partout en France, dans tous les villages, dans tous les quartiers, il est urgent de reprendre la parole et de cesser d'avoir peur. Boulégan!" (Mss).
Contre le centralisme et la bureaucratie qui pèsent sur le quotidien et font "sauter les cables", certains appellent à "se révolter" : "-Tous ces tracas que le facteur t'a apportés, mets-y le feu* et viens avec nous bouléguer" (Mss).
L'histoire de Marseille est celle d'une ville où rien ni personne n'a jamais cessé de se mouvoir : "-Nos ancêtres qui n'avaient froid ni aux yeux ni aux pieds, pour bouléguer n'ont pas attendu qu'arrive le reggae" (Mss).
Les morts, traditionnellement, bougent encore sur le Vieux-Port: "- Bissûr qui sont frais mes poissons, vé* là qui boulèguent encore" (Or.). La police aussi remue, et Frèdi en fait les frais : "- Le pauvre Frèdi i'se fait tabasser, A coups de groles i'les ont boulégués" (Folklore du càcou marseillais). La chanson fait bouger les nuits marseillaises: "- Boulègue-toi collègue* sur la piste de danse. Boulègue-toi mon collègue*, maintenant fais un effort" (H).
Au final, amoureux transis ou dépités, tous les Marseillais se remuent pour leur ville, sans vraiment respecter l'ancienne injonction "ne boulègue pas le bateau" ("tiens-toi tranquille") : "- A fond pour ma ville, de longue* je me boulègue, critique à 100 % mais je reste intègre" (Mss).


Bouti

Insulte dont l'usage s'est marginalisé. Nom masculin issu du provençal bouti, "creux" (BOU) devenu au figuré "homosexuel": "- Bordilles ! Boutis ! Bras cassés ! Cague-brailles* !" (COU). Créé par IAM, le terme izze, de faible diffusion et qu'on ne rencontre que sous forme d' adjectif, désigne aussi un homosexuel : "-T'y es izze, c'est une insulte grave pour pédé, mais on l'emploie pas souvent chez mes potes" (PdM). Autre dénomination,boyg, mot-valise formé sur l'anglais par l'amalgame de "boy" et "gay" : "-un boyg, d'accord, mais en place, pas Drag Queen!" (Or.).

Càcou (caque, cake, kéké, quécou, quéquou)

Ecce Homo! The figure! Der Totem! Pas de Canebière sans Vieux-Port, pas de Marius sans Fanny et pas de Càcou... sans cagole. La diversité des dénominations et des orthographes de ce nom et adjectif masculin issu du provençal (cacoua, "cadet") ou de l'espagnol (caco,"voleur"), et que Bouvier rapproche du vieux français "caque", "barique", en dit long sur la familiarité que la ville entretient avec ce séducteur aux allures d'affranchi depuis toujours redouté des familles :"-Le cacou ou quéquou se répandait de plus en plus avec ses intentions malhonnêtes : s'il fure*, c'est pour troncher" (ROU). Idéal-type du "frimeur marseillais", du bellastre* avec nine* et porte-clef Ferrari, c'est un macho presque sympathique de clinquant ostentatoire : "- Anthony, c'est le vrai fromme ze ouèste coste càcou!" (Or.). Il ne faut pas confondre ce prototype avec le Khéké, en circulation dans les Quartiers Nord et qui désigne un Gitan.
Un peu d'histoire naturelle se révèlera utile à la connaissance d'une espèce que l'on rencontre déjà dans la préhistoire marseillaise. Morphologiquement, comme tous les hominiens, ce qui frappe d'abord, c'est la tête : "- Le carnet ou je t'éclate ta tronche de cake!" (CAR). L'instinct grégaire du cakopithèque est attesté dans les études savantes : "- Les Néandertaliens locaux, genres de cakes primitifs à l'accent déjà épouvantable, poussaient eux aussi les troupeaux de chevaux sauvages pour qu'ils se fracassent en tombant" (CAR). Aujourd'hui encore, comme leurs ancêtres, ils vivent en tribu sur un territoire appelé Kartier et restent de naturel belliqueux : "-En marche, également, vers la Foire, ces "quécous" avancent, regroupés par quartiers, ceux de Saint-Jean toujours prêts à affronter leurs ennemis héréditaires de Saint-Mauront"(HEI). Il y aurait une nuance -subtile, il est vrai- à établir entre le càcou, un rien voyou et le caque (ou cake), qui tendrait plutôt vers le minet, voire le gigolo, avec la frime en prime (Cf. Jean Jaque, Les Càcous) : "-C'est la voiture des espions...L'Aston-Martin, c'est une vraie bagnole de cake. Dorée à l'or fin!" (CAR).
L'expression faire le càcou met en évidence le jeu de rôle du personnage, l'idée de "rang à tenir", auprès des filles, le plus souvent : "- Tu n'es pas obligé de faire le càcou avec cette fille dans les bras" (C&A). Mais parfois, juste pour se montrer "toro bravo", rebelle pour le panache : "- Messieurs, mon ordre vaut pour vous aussi... Veuillez quitter la place immédiatement"!- Allez Marius, on y va maintenant, fais pas le càcou!" (MOR).

Cagole

Vertu et apparence laissent à désirer pour la version contemporaine de ces porteuses de cagoulo , "capuchon de pénitent", il est vrai devenu dans la tradition marseillaise, tablier des "travailleuses aux dattes", entendez des intérimaires, des "occasionnelles". Comme tous les totems féminins, vierge ou putain, épouse ou amante, la cagole fascine et repousse. D'où la grande diversité de significations de ce nom féminin et adjectif et l'inflation des usages qui en font certainement l'un des mots les plus fréquents du vocabulaire marseillais, tant dans la conversation qu'en littérature ou dans la chanson : "-Une cagole est une femme peu extraordinaire physiquement, ou qui parle très vulgairement, ou qui se laisse mener au lit sans problèmes" (MsW).
Le terme désigne une catégorie de "Vénus" dans les stéréotypes masculins: "- Pour le cas où je tomberais sur une cagole en mal d'amour, ce qui n'existe pas" (THO), ou de Lolita, quand elle est cagolette ou cagoline, "jeune fille précoce", avec valeur affective : "-Il n'y avait pas de nervi* comme dans d'autres quartiers. Tout juste quelques càcous et leurs cagolettes" (Autrement) ; " -Oh fada ! tu as les yeux encoconnés ! Tu vois bien que c'est pas une "cagoline!" (MOR). Parmi les traits dont le mot est porteur, on trouve celui de la "vulgarité", en premier lieu vestimentaire : "- Avec ta mini jupe et tes semelles compensées, tu fais la vraie cagole" (Or.) ; "-Bruyante et fardée, la cagole portait une jupe courte et fendue; les femmes honnêtes disaient :"on lui voit le fioupelan, ce crabe velu désignait le sexe féminin dans le langage des femmes, les hommes parlaient plutôt de pachole*" (ROU). Chez les jeunes, le terme connait une atténuation de l'usage, synonyme de "prétentieuse". A l'opposé, le terme prend un sens beaucoup plus dévalorisant quand il désigne une "putain" : "-Alors, je te veux plus, dit Pascal, sans vertu et sans le sou, il te reste plus qu'à tourner cagole" (CAU). Et pour tenter de sauver la vertu, certains n'hésitent pas à en faire une Marie-Madeleine rachetée, une "Mme Càcou" entichée de son homme : "- Les méchants càcous, i font se rouler le nombril aux cagoles!" (Or.).

Caguer

Magnifique voyage que celui de ce mot venu du fond des âges, du latin cacare qui a donné "chier" jusqu'à l'argot national en transitant par l'ancien provençal cagar et tous ses dérivés, cagagne, cagade, cague-brailles, cagadous aux sons si doux...
Dans l'usage actuel le sens propre (si l'on peut dire) du verbe actif et pronominal se fredonne encore : "-Mange salade, jamais malade, mange concombre, jamais d'encombre, mange sardine, grosse poitrine, mange quérons, cague maison" (F). Au sens figuré, bien des choses "coulantes" peuvent être rendues par le mot : "- Roule le bien, ton pétard, i cague!" (Or.).
De ceux qui "ont peur", on dira volontiers qu'ils se caguent : "- Le PSG, i se cague de jouer au Vélodrome!" (Or.). Ou encore, dans la même veine, pour opposer les Olympiens aux Parisiens : "-Ils se caguent, on craint dégun*". S'en caguer, c'est "s'en moquer" : "-Monsieur va? - Comment ça...heu...je vais bien, merci! - Mais non! Je m'en cague de comment tu vas! Où tu vas, blond?" (CAR).
Mais c'est pour l'invective que le verbe retrouve toute son potentiel de nuisance. Une des expressions les plus populaires du parler provençal et marseillais, l'interjection verbale fai caga a le sens de "faire chier" : "Faï caga, faignasse que t'y es" (Or.). Même en version française, y'a pas d'arrangement avec ceux qui font caguer : "-Ca fait caguer ceux qui veulent qu'on soit sage tout le temps, bouléguer à fond, ça fait changer le quotidien" (Mss). Parmi ceux qui provoquent la chose, notre police tient le haut du pavé : "- Des fois, on se demande pourquoi les flics font caguer les minots* en mob* sur la rocade au lieu d'être là où y aurait vraiment besoin" (CAR).
Invite sera alors faite aux impôrtuns d'aller caguer, pour leur signifier "d'aller se faire voir" :"-Je te l'envoie caguer/ car il est onze heures du matin/ et j'étais avec Juliette /dans un grand lit tout en satin !" (Mss).
Si besoin, on précisera aussi obligeamment la direction, à Endoume ou à la vigne : "- Va caguer à la vigne, ah, que tu nous déconcentres!" (Or.).
Enfin, on notera le sens de "foirer", "rater", "manquer son effet", ce qui permit naguère à Raimu de faire une de ses plus belles entrées cinématographiques : "-Oh, Pascal, et la quatrième mine ? - Elle a cagué !" (PAG).


Castapiane

Equivalent moins savant, plus régional mais tout aussi douloureux de la "blennorragie" : "-Algarades aux Aygalades, embouligue* aux Martigues, Castapiane à Mourepiane, Engambi* à Menpenti" (F). On ne confondra pas cette maladie avec la pécole, beaucoup plus grave, qui désigne régionalement la vérole !

Cerise

Par analogie de forme et de couleur, ce nom féminin désigne au figuré le "sexe de la femme" : "-Elle a juste ce qui faut de tissu pour tenir sa cerise au chaud, pas plus" (Or.).

Chaler

Les habitués du porte-bagages de vélo ou de mobylette auront des difficultés à se reconnaître dans le sens provençal du verbe chala , "prendre ses airs, mener une vie voluptueuse" mais aussi "se balancer à l'escarpolette", signification à l'origine de l'usage actuel du verbe, "porter à l'arrière d'un deux-roues" : "- Alors ils remontaient sur leur cyclomoteur et se chalaient, les jambes pendantes, rasant les voitures, tapant du pied et du poing sur les carosseries en faisant des bras d'honneur" (VAL).

Chiapacan (chapacan)

Ce nom masculin signifiant "mal élevé","mal habillé ou désignant un "voleur sans envergure", un "manfoutiste" reste très prisé pour sa sonorité et les effets de voix qu'il suscite. Il est de fait un des beaux fleurons du langage marseillais. Du sens original de "voleur de chien" (de l'italien acchiapacani, selon Bouvier-Martel) ou de "chasseur de chiens errants ", employé municipal patenté, n'a été conservée que l'allure débraillée et louche du personnage. Il désigne un "voyou", un "petit vaurien", un "chiffonnier", ces deux dernières significations étant parfois connotés de tendresse dans l'usage familial :"-A la mort de ses parents, au moment du partage, mon père et son frère, ils se sont disputés comme des chapacans à cause de sa belle-soeur qui voulait tout pour elle" (BOU); "-Toi y te traitent de fainéant, de chapacan et tu verras qu'un jour y te traiteront d'assassin!" (COU). Les jeunes des cités l'ont acclimaté jusqu'à s'autodésigner ainsi par bravade : "-La nuit des Chiapacans [titre d'un album de Quartiers Nord], tainkcébon !" (Or.). Souvenir de l'origine du terme, il sert à désigner un "coiffeur pour chiens, donc pas trop classe, qui travaille de manière brouillone" (PdM). Et distinction suprême, il évoque par humour et dérision un titre de journal digne de cohabiter avec Libération : "Je garde l'original et envoie les photocopies à des journaux à Paris, mais attention, pas le Hérisson ou Jours de France, des vrais journaux, comme Libération ou Chiapacan (Libération et Le Figaro, mais chacun sa culture)" (CAR).

Chichette (chichinette)

A l'origine de ce nom féminin signifiant "ma chérie" ou "pimbêche", on trouve chichi, mot familier à consonance enfantine, qui désignait en provençal, de petits animaux (oiseaux ou insectes). Sa féminisation ajoute encore une nuance affective, surtout dans le mode de l'interpellation, à l'origine dévolue aux prostituées (BOU) : "-T'ies libre, chichette, samedi soir?" (Or.). Mais on sait que ce charmant petit oiseau peut cacher une chichiteuse, celle qui "fait des chichis", termes bien ancrés, eux, dans le français standard : "-Qué maniérée c'te fille, une vraie chichette !" (Or.).

Chichi

Pour ce nom masculin désignant le "sexe de l'homme", la comparaison avec le gros beignet frit dénommé "chichi-frégi*" se passe de commentaire: "-Les deux chauffeurs, y se sont chopé* le chichi grave, il a fallu appeler les flics" (Or.).

Chichi-frégi

Dénominaition du beignet frit sucré qui se vend dans la rue, dans les foires et fêtes foraines. Même utilisation érotique que pour le précédent : "Elle vendait des panisses/ elle vendait des saucisses/ elle vendait des chichi-frégis/ j'ai un cornet à deux boules/ qui fait déchaîner les foules/ lâche un peu tes chichis-frégis/ j'ai une glace à la viande/ qui n'manque pas de surprendre" (Qn.).

Chichibelli

Cette expression masculine, vient de l'ancien sens vestimentaire du provençal : "pan de chemise qui dépasse du pantalon", ou "morceau de tissu qu'on attache sur quelqu'un en manière de moquerie" : "-Oh Méhu, toi t'y es pas un gandin, tu marches de biscanti* et t'y as le chichibelli !" (Qn.). Mais elle peut désigner aussi une tenue ostentatoire faite pour épater son monde, pour frimer : "-Y s'est nipé chichibelli, ô marquemal* pour un entretien d'embauche" (Or.).

Chichourle

Très répandu, ce nom masculin désigne une "bosse", ou le "sexe de la femme". L'affectif et le sexuel dominent, en particulier en composition avec l'expression fan de chichourle (chichoune). La chichourle est une sorte de jujube peu charnue, fruit sec aux vertus curatives de la dimension d'une olive que l'on achète principalement en cornets chez des marchands ambulants. Sa forme, sa petitesse le désignent comme un attribut sexuel féminin : "-Amuse-toi bien chichourle et quand tu vois les nègres, tu fais le détour pour qu'ils te mangent pas !" (CAU). Plus rarement, le mot est pris pour "giffle" : "-Un vrai distributeur de chichourles, la porte tournante de l'hôtel" (Or.).

Choper

Alors qu'en français non conventionnel, le terme s'arrête transitivement au sens de "prendre", d'"attraper", à Marseille, intransitif, il porte une nuance particulière de violence physique ou verbale (ou les deux !), avec le sens de "se disputer", "se battre" : "-Je me suis chopé avec ma proprio pour une histoire de chauffage" (Or.) ; "-Putain si je les chopais ces gonzes, je te leur fais comme au Christ, quatre pointes de 120 et en croix" (MER); "-Arrête toi, Doume, un flingueur comme toi, t'yas rien chopé?" (PdM). On entend parfois dans certains groupes achopper : "-Ils se sont achoppé en bas dans la cage" (Or.).

Choune

Origine incertaine (romani ; tchouna, fille ou arabe ?) pour ce nom féminin désignant le "sexe de la femme" et (la partie étant prise pour le tout) la "femme" soi-même! Il peut avoir, en dehors du sens sexuel", une nuance affectueuse : "-Combien je vous en mets, ma nine ? Bon poids, mon amour ! Et quoi d'autre, mon bébé ? C'est tout, ma mounine* ? Vingt minutes de cuisson, ma pacholette* ! A tantôt, ma choune !" (VAL).

Chouner

Verbe actif issu du provençal chouno , plongeon dans l'eau. Au sens propre, "noyer" ou "se noyer" : "-Ca l'amuse de chouner sa soeur, mais elle, non" (Or.) La jeunesse marseillaise quand elle allait à la mer (c'est à dire à la plage) au Prado, aux Catalans sous le Pharo et surtout aux Pierres-Plates goûtait aux plaisirs gratuits la baignade, comme jouer à se faire chouner (ROU). Au sens figuré, le verbe prend le sens "d'échouer lamentablement" : "-Ce trimestre avec mes notes, j'ai chouné dans la Baltique" (Or.).

Chourmo (Tchourmo)

Ce nom féminin se caractérise par une floraison d'emplois nouveaux, comme une revanche salutaire sur le poids du négatif dont il a toujours été entaché. Certes, la sonorité rugueuse de sa coque s'enlève encore sur un vieux fond de "galère", puisque telle est l'origine de ce mot, aux résonances historiques frappées d'infamie : "-Aux racines de chourmo, la chourme, la galère. Gamin, c'était une expression des quartiers que l'on utilisait dans ma famille italienne. La galère, la vie de galérien" (IZZ) ; "-Le bleu d'hiver sur planète Mars, il arrive même à t'ensoleiller la chourmo" (PdM). Mais par un renversement ironique de son champ de déshonneur, il évoque désormais l'effort de solidarité qu'une communauté, "équipe" ou "bande" se donne pour dépasser son exclusion et créer, euphoriquement, les conditions de sa survie : "-Car croyez-vous dans la vie, seul on ne va pas loin. Chourmo c'est comme ça que se nomme le posse*" (Mss). La valeur emblématique du terme culmine dans la création, pour les besoins d'une chanson du Massilia, d'un contre-OM, équipe de foot de galériens qui jouent avec leurs propres règles (!), le "Chourmo football Club" : "-Connais-tu le C.F.C/ Chourmo Football Club?/ Du ballon c'est des fêlés,/ Ils jouent sur du verre pilé,/Le cauchemar de la Fédé!" (Mss).
Par extension, le nom (au féminin comme au masculin) devient la dénomination identitaire d'un membre de bande : "-Les DJ'S sont toujours très chauds, ils font bouléguer les Chourmettes, ils font bouléguer les Chourmos" (Mss), ou porteur d'un élément de filiation : "- Cette année, pour moi ça a été le bonheur, je suis devenu le papa d'une phocéenne chourmette" (PdM). On assiste actuellement au développement de son usage comme signe de reconnaissance de la tribu, équivalent "d'Aïoli sur vous!" : "Tchourmo!" (PdM).
Ecoutons J.M.Izzo, auteur d'un moderne Chourmo, décliner la nouvelle sensibilité du mot : "C'est avec bonheur que les supporters de l'OM ont donné ce titre à leur bulletin de liaison et j'aime bien l'évolution du sens de l'expression : se mêler des affaires des autres. Ce qui veut dire solidarité, l'intérêt que les autres vous portent et que vous leur rendez.Chourmo est une expression marseillaise exclusive : ce désir d'être ensemble qui rend notre ville exemplaire. Tous ensemble". En un mot comme en cent, chourmo revient de loin !

Ciao (Tchao)

Le célébrissime italianisme "Ciao" signifiant "A bientôt" est à la base de nombreuses expressions. La plus fréquente, A ciao : "-A ciao, les Chouas* et les Zè !" (Or.). Existe aussi une forme à l'initiale sonore renforcée, Alleah Ciao : "-Alléah ciao, conservez-vous !" (Or.).
On trouve aussi l'équivalent A plus, ( à l'écrit : A+), abrègement de "A plus tard". L'expression Ciao et scooter pour "au revoir, je m'en vais vite" est plus rare d'emploi. On connaît la popularité du scooter parmi les jeunes générations ; sa facilité d'utilisation, sa maniabilité peuvent nominalement rendre l'engin consubstantiel de l'expression d'un départ précipité : "-Ciao et scooter, pas envie de me faire exécuter en rentrant !" (Or.).

Cigales

L'expression métaphorique à portée de cigales a le sens de "tout près", "à proximité". N'en déplaise à ceux qui ne verraient dans le parler marseillais que lourdeur et vulgarité, la poésie, sinon la grâce, peuvent orner le langage. De l'incontournable cigale, dont on pensait bien avoir épuisé les charmes lancinants, on retiendra sa propension à gommer la distance entre les êtres, établissant alors entre eux un pont sonore et paresseux propice à une convivialité toute méridionale : "-Aix, c'est pas Marseille, même si c'est à portée de cigales" (PdM).

CIM

Quand la carte d'identité nationale devient la CIM, sigle pour "carte d'identité marseillaise", c'est qu'elle a une propriété particulière de naturaliser, d'authentifier son porteur comme Marseillais, ce qui est bien utile pour les exilés de la diaspora ! Mais est-ce bien juridiquement correct?.. : "-Le pari de Marseille, c'est le site pour surfer sur la CIM" (PdM).

Claver

Le verbe appartient à une famille qui exprime la fermeture, en français standard comme en provençal (clau). Claver n'est plus utilisé au sens propre pour "fermer à clé" mais au figuré, comme équivalent du familier "la fermer", que cette action soit volontaire ou forcée : "Tu peux te la claver un moment ?" (Or.). Le sens de "donner sa langue au chat" (de clavi, "je me rends") est veilli : "-C'est bon, là, je clave" (Or.).


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