
Philippe Carrese
Fleuve Noir - 1995
(critique de Pierre Fiastre)
Connaissez-vous Philippe Carrese ? Le personnage est difficile à présenter tant il est éclectique. Officiellement, il doit être réalisateur de cinéma et de télévision. Il y a quelques années, Philippe Carrese a réalisé Bzzz..., une émission humoristique sur FR3 avec deux acteurs débutants qui s'appelaient Chantal Lauby et Bruno Carrète. L'émission a été remarquée par Canal+, Chantal et Bruno sont partis à Paris et c'est devenu « Les Nuls ». Philippe, lui, ne sera jamais un « marseillais exilé ». On peut trouver la cassette de Bzzz...dans le commerce, mais malheureusement pas celle de Bazar, l'émission ave laquelle il a récidivé en 1994, la plus désopilante collection de sketches jamais imaginée sur Marseille.
Philippe Carrese écrit aussi des musiques de film et dessine des petits mickeys.
Mais sa plus récente trouvaille, c'est le polar marseillais. Parce qu'il n'est pas question dans ses bouquins de se croire à Paname, à Frisco ou ailleurs. D'ailleurs l'avant-propos de « Trois jours d'engatse » annonce la couleur:
« L'histoire que vous allez lire est totalement fictive. Elle se déroule dans une ville imaginaire située à vingt kilomètres à l'ouest d'Aubagne et à près de huit cent kilomètres au sud de Paris, c'est à dire quasiment aux antipodes, dans des territoires vierges et exotiques propices aux aventures les plus dépaysantes.
Cependant, pour plus de commodité, nous appellerons cette cité « Marseille » pour qu'il n'y ait d'engatse de comprenette pour dégun.
Si vous êtes un vrai Marseillais, vous ne devriez pas avoir trop de difficulté pour capter, les termes utilisés étant ceux de tous les jours.
Si vous êtes un vrai Parisien, c'est-à-dire, si vous habitez au nord de Gardanne, vous trouverez un lexique sommaire à la fin du récit pour pouvoir tout comprendre (et si tu es un fioli, un jambon ou une estrasse mondaine de Saint-Giniez, arrête de faire ta précieuse, et laisse tomber l'accent pointu...Ca donne l'air ensuqué, et de toute façon, un jour ou l'autre ça t'échappe malgré toi et tu redeviens ce que tu as toujours été: un vrai Marseillais...). »
On est tout de suite dans le bain, et en ce qui concerne le lexique, deux exemples suffiront:
Pétasse: pouffiasse maigre
Pouffiasse: pétasse grosse
Et pour ceux qui n'arrivent plus bien à se souvenir de Marseille, ça les remet vite dans le bain:
« C'est le mélange ethnique comme il y a écrit dans les journaux...Le melting pot marseillais...Je l'ai lu dans un article que j'ai vu chez Néné, au bar...J'ai pas tout compris.
C'était dans Libération ou un autre pareil, je sais plus. C'était écrit par un journaliste parisien, le genre qui descend au Sofitel, va se faire une soupe sur le port, eau de vaisselle garantie, et va se montrer au New-York, avec le gratin et les jambons...Ca c'est imparable, les parisiens, quand ils descendent, tu les retrouves tous au New-York(...) En plus il y a tous les jambons de la rue Paradis la dedans, le genre 4x4, les minots blonds, les clubs de golf, le téléphone dans la voiture, l'appartement à Rodochanacchi(...)
La rue Paradis, à Marseille, c'est ça...Neuilly, Passy, mais du sud, et surtout sans en avoir l'air.
Des fois ils devraient venir ici, un peu...Frais Vallon, c'est joli comme nom aussi(...)
Frais-Vallon, c'est la cité qui est juste au-dessus du camion de flics, au bout de la rocade...Des barres d'immeubles tout gris...Enfin pas tous, parce qu'il y a eu réhabilitation...Réhabilitation, ils ont tout repeint en rose pour faire gai.
C'est vrai que ça fait plus gai quand tu retrouves le petit frère de Nordine, défoncé raide à la colle, au pied d'un escalier en crépi rose, plutôt qu'au pied d'un escalier en béton gris »
Mais au fait ça raconte quoi, « Trois jours d'engatse »?
Et bien c'est Bernard Rossi qui est maçon et qui habite à Frais Vallon et un jour il y a sa voisine madame Mostagonacci, celle qui avait des chats, qui se fait écraser par un chauffard rue de la République et Bernard ça lui suffit pas les explications des flics, alors avec son pote Nordine, il recherche le chauffard, et il le trouve cet enfoiré, il a une voiture de la mairie parce que c'est le chauffeur d'un z'élu, et quand il le trouve, alors il lui vient les boules à Bernard, et là il va déclencher un pataquès, tiens, ça commence par...
Mais pourquoi je vous raconte ça, moi ? Philippe Carrese le raconte bien mieux, c'est aux éditions Fleuve Noir, ça s'appelle « Trois jours d'engatse » , ça vaut 47 F, et même, si vous venez à Marseille, il y en a des piles dans les librairies et ça se chourre fastoche.