Tabac, alcool, drogue... Pourquoi les jeunes sont-ils de plus en plus nombreux à
se raccrocher à ces ìparadis artificielsî ? Comment les prévenir des dangers
qu'ils encourent ? Quelles responsabilités les adultes ont-ils dans l'émergence
de ces comportements ? Un colloque fait le point le 6 mai en Arles...
Le sondage est édifiant, à supposer que tous les jeunes sondés aient
répondu honnêtement. Réalisé au lycée Montmajour d'Arles,
il révèle que sur les 785 élèves qui se sont exprimés, plus
de la moitié fument, les trois-quarts boivent de l'alcool, un tiers a touché
au moins une fois au cannabis ! Chez les fumeurs, 70,9 % ont commencé au collège.
Pour les parents d'élèves de la FCPE et les communautés scolaires
des lycées Montmajour et Perdiguier, il est grand temps de poser le problème
et d'en parler. Avec l'aide de spécialistes. Mais surtout avec les jeunes pour
qu'ils expliquent ce qui les motivent, ce qui les rend accros. Même si plus
de 70 % d'entre eux affirment ne pas se sentir dépendants. Un grand colloque
aura donc lieu le 6 mai prochain au gymnase Jean-François Lamour d'Arles. Son
nom, choisi par les jeunes : ìDependances Dayî. On y abordera les mécanismes
qui conduisent à la dépendance et les moyens de s'en prémunir. Mais
on jouera aussi cartes sur tables en renvoyant Etat, Education nationale et parents
à leurs propres responsabilités...
Besoin ou envie ?
Pourquoi à peine engagé dans l'adolescence éprouver le besoin de fumer,
de boire ou de se droguer ? Pour fuir une détresse ? Pour s'affirmer ? Par plaisir
? Par ennui ? Au début, pour ìfaire comme les autresî, ìpour voirî, ìpour oublierî...
Et puis, peu à peu, la première cigarette est suivie d'autres, jusqu'à
ce que la drogue s'y substitue. Du Panach on passe à la bière, puis au
vin, puis au whisky et à la vodka... Souvent, sans même s'apercevoir qu'en
croyant démontrer ainsi son autonomie, on ne fait que la réduire chaque
jour un peu plus. ìLe mécanisme de la dépendance commence par l'effet recherché
inconsciemment dans la prise d'un psychotrope avec le but de fuir une réalité
insupportable, expliquera lors du colloque le Docteur Ashraf Amin, spécialisé
en conduites addictives, au Centre Sphinx de la Seyne-sur-Mer. Cet effet de fuite
le conduit insidieusement vers un changement progressif du comportement où le
seul moyen de répondre aux agressions et aux difficultés de la vie en général
devient la fuite de la réalité. Il se crée donc un état de besoin,
non maîtrisable, de drogues pour pouvoir fuir et non pas un état d'envie,
maîtrisable.î Résultat : la France compte aujourd'hui un million d'habitués
au cannabis et 5 millions d'occasionnels, 7 millions de personnes ont touché
au moins une fois aux amphétamines, à l'ecstasie... dont un tiers chez
les 18-24 ans. Notre pays détient également le record mondial pour la consommation
de psychotropes, le record européen pour la consommation d'alcool, compte 55
% de fumeurs mais aussi 18 millions de joueurs aux jeux de hasard ! Enviés par
le monde entier pour vivre ìdans un si beau paysî, les Français ne seraient-ils
donc que des ìstressésî, des ìdépendantsî, des ìesclavesî ?
Lever les incohérences
Pour qu'ils ne le soient pas demain plus encore qu'aujourd'hui, préserver dès
maintenant la jeunesse de ìtomber en dépendanceî s'avère primordial. L'informer
de l'ampleur des risques qu'elle prend semble indispensable. Lever les incohérences
aussi : pourquoi autoriser la cigarette dans les lycées publics alors que sur
chaque paquet, la loi impose d'indiquer que ìfumer nuit gravement à la santéî
? Pourquoi les mineurs ne peuvent-ils acheter d'alcool dans les débits de boissons
quand ils peuvent à loisir fréquenter les débits de tabacs pour s'y
fournir en cigarettes ? L'Etat trouverait-il un avantage à laisser se désagréger
la santé publique parce que l'alcool ou le tabac lui permettent d'engranger
des milliards ? Le colloque n'éludera pas ces questions, même si les organisateurs
ne cherchent pas à prendre position entre réprimer et laisser-faire. Ils
souhaitent simplement détailler tous les aspects du problème et dégager
quelques moyens d'y répondre. Surtout ils veulent provoquer une prise de conscience
: ìLa seule dépendance à préserver, à entretenir... níest-ce
pas la liberté de choisir ? Avec un préalable à cultiver de toutes
ses forces, le discernement.î
jean-christophe barla
Ils ne s'étaient pas vraiment laissés bercer par le discours chiraquien
sur la fracture sociale. Les chômeurs marseillais de la marche européenne
contre le chômage, la précarité et l'exclusion ont rompu avec le dialogue
critique en direction des partis. Alors, les législatives, bof...
Eux n'attendent plus rien. Le ìpolitiqueî n'est plus un horizon. Plus une attente.
Biffé de la carte de l'espoir. Sauvagement. ìAu cours de nos réunions,
nous en parlons, bien sûr. Pour le meeting de mardi soir (1), nous avons invité
tous les partis de gauche. De gauche seulement. Pour le reste...î, précise Edouard
Orban, trésorier d'AC ! (Agir contre le Chômage). Les marches européennes
convergent vers Amsterdam. L'Europe sociale coule dans les veines du Vieux Continent.
Le 1er Mai, une marche a pris le départ de Marseille vers Orange, ville symbole
de l'exclusion. Le 14 juin, ìon attend 50 000 personnes à Amsterdamî. Les législatives
auront rendu leur verdict. La galère continuera de voguer.
ìDeux idées fortes ont motivé la marche : l'instauration d'un droit du
chômeur; un salarié bénéficie par exemple d'un entretien préalable
avant d'être licencié ; un chômeur n'aura pas droit au même traitement
avant d'être radié. Enfin, nous voulons aborder le sujet sous son angle
financier. On oublie souvent que plus de 50 % des chômeurs n'ont pas droit aux
indemnités. Et ce sont seulement ceux qui en bénéficient qui ont par
exemple droit à la gratuité des transports à Marseille. Nous voulons
faire de ces aspects une priorité.î AC ! réunit chômeurs et salariés.
Edouard Orban bosse dans la fonction publique. ìMais ce n'est pas pour autant que
le chômage ne constitue pas pour moi un enjeu de société majeur. Est-ce
que vous avez déjà côtoyé un chômeur à la sortie de
l'ANPE ? C'est un mur de silence. En France, 5 millions de personnes sont dans un
état de santé psychologique déplorable.î
Et n'allez pas les chatouiller avec le supposé irréalisme de leurs propositions
(réduction du temps de travail, meilleure répartition des richesses, droit
à l'emploi, moratoire sur les licenciements, etc.). Pour eux, ce sont les économistes
qui se sont plantés. Faut pas se tromper de bilan. ìSur la précarité,
personne ne nous écoute. Même les syndicats n'ont pas conscience de l'ampleur
du phénomène. La convention de l'UNEDIC a été une véritable
gifle pour les chômeurs. Les 13 milliards d'excédents auraient dû
aller dans leur intégralité dans la poche des chômeurs.î Olivier Orban
reconnaît que les législatives peuvent mettre en valeur la marche européenne
contre le chômage, la précarité et l'exclusion. ìOu au contraire,
la camoufler.î Un petit sourire et la colère empourpre une nouvelle fois le
visage : ìLa loi sur la cohésion sociale est en suspens mais ça partait
plutôt mal. Nous l'avons appelé la loi de la coercition sociale. Pour payer
300 000 contrats d'initiative locale (CIL) l'Etat prévoyait de rogner les allocations
spéciales solidarité (ASS). Le CIL devenait une contrainte. Sur le papier,
c'était alléchant : 3 800 F par mois pendant cinq ans. Mais qu'est-ce qu'on
fait de la personne embauchée pour un poste de secrétaire, qui toucherait
cette rétribution, et dont la collègue d'en face toucherait ses 7 500 F
que les barèmes salariaux lui autorisent.î Cette discussion écourtée
était pour lui une préface à l'ultra-libéralisme promis par Alain
Juppé II. Un système d'entraide sociale qui se mord la queue. Au nom du
refus de l'assistanat, ìce terme est une injure pour tous les chômeursî, on
installe les gens dans un poisseux système de sous-emploi. C'est pour ça
que les législatives ne forment qu'un épiphénomène sans relation
avec leur combat. ìOui, nous sommes pour une meilleure répartition des richesses.î
Quel homme politique potentiellement en mesure de détenir les clés du pouvoir
aurait le courage de se lancer dans une telle sémantique ?
stéphane menu
(1) Le 1er Mai nous imposant un bouclage plus serré, nous en ferons état
dans une prochaine édition (NDLR)