Tout le monde dit : ìI love Woodyî. Bien sûr puisque le titre le dit en confondant
réalisateur et personnage. Comment d'ailleurs ne pas l'aimer pusqu'il fait tout
pour désarmer la critique ? L'astucieux Woody quêtant l'amour se présente
sans défense et taraudé de tant d'autocritique qu'il prévient tout
crime de lèse-Allen.
Passons sur les auto-citations, les réemplois de gags, les variations de thèmes
et les névroses d'ados, jeunes ou vieux, archi rebattues : c'est là d'abord
une comédie de type ìpost-allenienî. Mais aussi une vraie-fausse comédie
musicale typiquement ìpost- moderneî : baiser final de convention, duos sirupeux,
sarabandes qui se veulent endiablées, crescendos vers le pseudo- onirique et
le vrai ironique. Des grabataires pris à l'hôpital par la danse de Saint-Guy
aux fantômes qui, dans le funeral home, entonnent leur carpe diem, l'allégresse
n'est fabriquée que pour susciter un sourire de distance ; ce qui se donnait
comme hommage aux grands maîtres est un clin d'úil, vire au décalage parodique,
ce cher second degré intello. A moins qu'on n'y voit un Woody-Zelig qui, enrageant
de ne pouvoir égaler ses modèles, tente de les miner en les mimant.
Au fond le titre a bien raison de nous faire confondre réalisateur et personnage
: il leur arrive à tous deux la même chose. Pour piéger celle qui
doit l'aimer à tout prix et dont il fait son public, le héros utilise toutes
les informations à sa disposition sur les goûts et les fantasmes de la
belle ; celle-ci, d'abord ravie que ìle rêve se fasse réalitéî, s'avise
qu'elle préfère ses références et le laisse tomber. Nous aussi.
Allen de retourner à ses anciennes amours, s'essayant sans conviction à
quelques pas, tout piteux de ne nous offrir qu'un simulacre d'effet spécial.
Il sait bien et nous aussi que la Canada Dry n'est pas de l'alcool et que tous les
déguisements rassemblés en fête ne ressusciteront pas les Marx. Va-t-on
le plaindre encore pour autant ?
Au fait, que chantait donc Groucho au Grand Magasin ? ìSing while you sell !î
pierre murat