Moment d'émotion esthétique sans partage que cette création chorégraphique
d'Angelin Preljocaj, de passage à l'Opéra de Marseille. Le drame shakespearien
revisité, s'offre ici dans une vision sombre, violente où la lutte entre
Capulet et Montaigu fait place à l'opposition entre une oligarchie méprisante,
protégée par sa milice et un peuple de miséreux. Version où se
lit à la fois une franche critique sociale, et une foi humaniste en l'amour
salvateur. Dans le décor mi primitif mi ěhard-techî d'Enki Bilal, résonne
alors avec une force impressionnante la partition de Serge Prokofiev.
Décor imposant symbolisant l'écrasante pression sociale interdisant toute
communication entre les classes. Dans ce contexte, l'amour de Roméo et de Juliette
est un scandale charnel et sublime, il a la légèreté de la liberté.
Le propos est clair et fort, le langage chorégraphique dépouillé et
rigoureux, inventif. Angelin Preljocaj ménage à chaque tableau sa surprise,
sa beauté, son charme. Laissant le public, souffle suspendu, admirer une troupe
de danseurs d'une homogénéité parfaite qui semble inventer la danse
à chaque geste. La danse ici devient une science si parfaite qu'on reste confondu
de bonheur.
d. a.
Roméo et Juliette passera à Nîmes les 23-24 mai.
Preljocaj sera au Festival d'Avignon du 12 au 19 juillet avec Paysage après
la bataille.
Et les 22-23 juillet à Aix avec Hommage aux Ballets Russes.