Axe
Alpin: L'autoroute écolo se paie
Toutes les grandes infrastructures de transports ne peuvent plus éviter aujourd'hui
la préoccupation environnementale des populations. La réalisation de l'autoroute
A 51, entre Grenoble et Sisteron, l'a prise en compte. Mais le coût a explosé...
On l'appelle ìAxe alpinî parce qu'il reliera à l'horizon 2010 Sisteron à
Grenoble en traversant les Hautes-Alpes. Sa vocation : désengorger à terme
la vallée du Rhône, saturée par le trafic routier sur l'A7, en attirant
environ 25 % des automobiles et des camions qui la fréquentent actuellement.
Et désenclaver une partie des Alpes dans un souci d'aménagement du territoire.
Quatre-vingt-dix kilomètres restent à boucler, les deux-tiers par la société
d'autoroute ESCOTA, à partir de Sisteron, l'autre tiers par AREA, à partir
de Grenoble. Dans quelques jours, l'enquête publique va commencer pour l'achèvement
de ce tronçon qui a déjà fait l'objet de multiples polémiques
et manifestations dans les zones traversées. Les revendications sur le respect
de l'environnement ont été prises en compte. Mais il faudra bien un jour
les payer...
Mesures de protection
La construction des autoroutes a laissé en France dans le passé des horreurs.
Des paysages ont été ravagés. Des villages et des cultures décimés.
A l'époque, la protection de l'environnement ne suscitait que peu de mobilisation.
L'argument, quand il était avancé, dissimulait bien souvent des intérêts
strictement privés. Aujourd'hui, cet état de fait appartient définitivement
au passé. La population n'accepte plus qu'on détruise des espaces naturels.
La revendication est notamment apparue lors des discussions sur le tracé du
TGV-Méditerranée qui traversera des zones protégées. Elle permet
de faire évoluer les projets. Les deux sociétés d'autoroute chargées
de la réalisation de l'Axe alpin l'ont intégrée dans leurs réflexions.
Dans la plaine de Grenoble, à la sortie de la ville, l'autoroute sera complètement
étanche pour éviter une pollution de la nappe phréatique au cas où
un camion transportant des matières dangereuses se renverserait. Des stations
d'épuration ont été prévues à la sortie des tunnels en construction.
Des murs de protection seront édifiés le long des villages traversés
pour réduire au maximum les nuisances sonores et visuelles. Ce qui fait dire
à Hervé de Fontmichel, président de l'association de l'Axe alpin,
que ìdu point de vue de la protection de l'environnement et des sites, l'A51 est
un modèle au plan européenî.
Tarif au kilomètre doublé
Mais la prise en considération des contraintes environnementales n'est pas sans
répercussions sur le coût total du projet. Le président d'AREA, Bernard
Val, confie que ìle prix de revient kilométrique a doublé, le kilomètre
écologique valant deux fois plus que le kilomètre normalî. Si tout se déroule
normalement, l'investissement total sur la partie Sisteron-Grenoble se montera à
14 milliards de francs, une somme astronomique qui, évidemment, sera supportée
demain par les utilisateurs de la voie à péage. ìL'équilibre de cette
opération devrait être obtenu vers 2023-2025î, poursuit Jean-Michel Bérard,
président d'ESCOTA. Si la décision de construire une autoroute est avant
tout politique et économique, il y a aussi derrière un véritable choix
de société dans lequel la population est forcément partie prenante.
Personne ne veut une autoroute à côté de chez soi. Au pire, il exige
des protections coûteuses. Mais personne non plus n'aime rester ìplantéî
des heures dans des embouteillages sur la route de ses vacances. Tout le monde en
fait, même si ce n'est jamais de gaieté de cúur, est finalement prêt
à payer aux péages le prix de la fluidité du trafic. Justifiant ainsi
la construction de l'infrastructure. Et participant à son tour à l'augmentation
de la pollution. En l'absence de réelles solutions alternatives, la civilisation
de la voiture continue de progresser...
jean-christophe barla