LEGISLATIVE 1997: ECHOS DE CAMPAGNE
Campagne
Querelle díinitiés
Dès le début de sa campagne, à Marseille, Alain Juppé avait flairé
le piège : ìOn ne choisit pas un Premier ministre mais une majoritéî,
ìCe n'est pas, comme M. Jospin le croit, le troisième tour des présidentielles.î
Face à une opposition qui tente de le bloquer dans les cordes de son impopularité
- 11 % des Français seulement souhaitent qu'il soit reconduit à son poste
de Premier ministre -, Alain Juppé cherche à coincer les socialistes sur
le terrain d'un accord avec les communistes. Bref, si la campagne est partie sur
les chapeaux de roue, elle risque encore de se limiter à une querelle de mots
qui ne font ìshowî qu'au cúur des militants. L'opinion appréciera-t-elle ?
Juppé
Mesure de líimpopularité
La venue d'Alain Juppé à Marseille a éveillé les ardeurs
vindicatives locales. Ce sont d'abord les ouvriers de La Ciotat qui ont tenté,
en vain, de perturber le meeting. Bien préparés, ils ont semé la pagaille
parmi les CRS qui ont dû colmater les nombreuses avenues et autres ruelles menant
au Dôme. Résultat : immense pagaille sur la rocade Flemming. Ensuite, en
cours de réunion publique, une centaine d'internes ont perturbé le début
de l'intervention du Premier ministre. L'acoustique du Dôme s'entêtant
à ne pas être à la hauteur, la première partie du discours fut
dès lors franchement inaudible. Peu à peu, les responsables de la sécurité
et les policiers en civil reprirent en main la situation au prix de quelques échauffourées.
Seul avantage pour Alain Juppé, celui de mesurer le degré de son impopularité
en direct. Pour en tirer les conséquences ?
Gaudin
Modèle díúcuménisme
Pour masquer le côté très tactique de la dissolution, les membres
de la majorité ont intérêt à tenir un discours en tout point
équilibré. Un zeste de madelinisme, un chouia de balladurisme, une ligne
anti-FN irréprochable et une réactivation de la dichotomie droite-gauche.
Dans cet exercice, Jean-Claude Gaudin a excellé au cours de la présentation
officielle des candidats de la majorité : ìSi Alain Juppé a choisi Marseille
pour son premier meeting de campagne, c'est parce que nous représentons un symbole
de l'union de la majorité. Mais il faut être vigilant car ici la gauche
peut renaître de ses cendres. Le Front national, nous y sommes opposés,
nous en avons fait la démonstration. Le Pen, moins on en parle, mieux l'on se
porte. La bataille se situe entre la droite et la gauche. Si la gauche revient au
pouvoir, alors, les déficits publics s'aggraveront. Il faut poursuivre dans
la direction tracée par Balladur puis Juppé qui ont arrêté des
réformes courageuses pour le pays.î Les convaincus apprécieront...
ï Eymieu attendra. C'est Ivane Eymieu, adjointe à la culture de la ville
de Marseille, qui se préparait dans l'ombre à reprendre l'héritage
de Jean Roatta dans la 3e circonscription. La dissolution a tout fichu en l'air :
la préparation foncière était programmée seulement pour 1998.
Roatta a donc été obligé d'acheter de nouvelles paires de chaussure.
ìJ'en use beaucoup pendant les campagnes.î Au Sénat, il maltraitera moins
ses voûtes plantaires.
ï Le sport mène à tout, notamment à la politique. Joseph Mamhoud,
le Marignanais vice champion olympique en 1984 à Los Angeles, a accepté
d'être le suppléant de Bernard Deflesselles dans la 9e circonscription.
Un secteur à fort accent sportif puisqu'en face, chez les socialistes, Jean
Castaneda, entraîneur-adjoint de Gérard Gili à l'OM, soutiendra Stéphanie
Harkane. Avec l'arrivée programmée de Rolland Courbis la saison prochaine,
Castaneda a bien raison de songer à sa reconversion.
ï Au nom de la (presque) parité hommes-femmes, le PS avait songé à
confier la 5e circonscription à Jeanine Ecochard. Son retrait et la mise en
orbite de René Olmeta faisaient craindre que le principe soit sévèrement
écorné. Dans les coulisses, on s'est beaucoup activité pour que le
suppléant soit une suppléante : Nicole Thuet a finalement remporté
la mise.
Cinq sur huit
Jean-Claude Gaudin ne se fait pas d'illusion. Il sait qu'il sera très difficile
de rééditer l'exploit de 1993 sur Marseille (six circonscriptions sur huit
avaient en effet été raflées par la droite). Il ne nie pas par exemple
que Bernard Leccia, député RPR dans la 7e circonscription, aura du mal
à renouveler sa performance. ìMais enfin, cinq sur huit, ce serait déjà
pas mal...î
Gaudin pense au Sénat
Les hommes politiques sont ainsi faits : ils sont toujours tendus vers l'avenir.
Jean-Claude Gaudin, encore ministre, rêve d'une fin de carrière à
la présidence du Sénat. Mais il y a un os : comment accéder à
cette si haute fonction de l'Etat en disparaissant de l'équipe ministérielle
? Le maire de Marseille fait donc le forcing pour faire partie du prochain gouvernement.
ìMinistre chargé des relations avec le Parlement lui irait très bienî,
murmure un de ses proches.
Guérini pris de court
Jean-Noël Guérini (PS) s'est fait prier avant d'accepter l'investiture
socialiste dans la troisième circonscription. Le retrait de Philippe Sanmarco,
empêtré dans le procès Urba, brouille ses desseins personnels. Lui
aussi rêvait d'un fauteuil au Sénat. Ainsi, la dissolution, tant à
droite (Roatta, Vachet) qu'à gauche, aura brisé l'élan de certaines
carrières.
Fusion retardée ?
Décidément, la fusion annoncée entre Le Provençal et
Le Méridional a du mal à se concrétiser. Retardée dans
un premier temps, elle devait se faire le 26 mai... lendemain du premier tour des
élections législatives. Les responsables du groupe Hachette ont flairé
l'embrouille : une campagne à droite et à gauche jusqu'à la veille
du premier tour puis une brusque embardée vers la pensée unique le jour
J. Au Centre Méditerranéen de Presse, la direction cherche une parade pour
éviter cette situation ubuesque.