Traitement des déchets: Incinérer ou recycler ?Le recyclage a de plus en plus de partisans. Mais par manque de courage politique,
l'incinération risque de s'imposer comme la solution prioritaire...
Comment traiter nos déchets ménagers et industriels ? A l'horizon 2002,
les décharges devront avoir disparu de nos paysages. L'échéance embarrasse
les élus en charge du dossier. Les moins courageux suggèrent de repousser
la date. Les autres s'interrogent, pétris de contradictions. Deux réunions
à Marseille ont tenté de faire le point. Sollac avec un grand colloque
sur le recyclage de l'acier. Et le conseil général par une séance
spéciale sur le plan départemental d'élimination des déchets.
Le recyclage a le vent en poupe, mais l'incinération reste la priorité...
Sensibiliser
Recycler n'est pas aisé. Philippe Contant, directeur régional Sud-Est d'Eco
Emballages, société créée par des industriels pour favoriser
la transformation de 75 % des déchets d'emballages ménagers en matière
première et en énergie d'ici à 2002, soulève deux handicaps chez
les élus : ́L'urbanisme de leurs communes ne se prêterait pas à la
collecte sélective qui, en plus, serait trop coûteuse. Mais elle le sera
bien plus en 2002 si on n'a rien fait jusque là.î Autre problème : comment
convaincre les habitants de trier leurs déchets ? A Chambéry, des jeunes
gens font du porte-à-porte avec des succès divers mais l'idée progresse.
A Châteaurenard, on fait passer le message aux enfants par les écoles.
Tout en s'étonnant que ́85 % des gens veulent la collecte sélective pour
l'économie générée, le refus du gaspillage ou le respect de l'environnementî,
selon une étude de la mairie. Pour Philippe Coutant, il est utile de sensibiliser
les enfants. ́Mais les effets sont désastreux si, sur le terrain, rien n'est
mis en place par les élus. Ce sont eux, en premier lieu, qu'il faut convaincre
de lancer un projet.î
Convaincre
Pour que recycler soit financièrement viable, encore faut-il avoir des volumes
suffisants de déchets triés. ́En 1996, nous avons recyclé 40 % de
l'acier, soit plus du double de 1991, explique Henri-Claude Bonnotte, délégué
régional recyclage de Sollac. Mais nous ne nous déplaçons pas pour
moins de 20 tonnes.î Pierre Miquel, sénateur du Lot et président de la
communauté de communes de Catus, soutient, lui, que c'est possible : ́Nous avons
seulement 12 000 habitants. Si nous avions écouté les experts, nous n'aurions
rien fait. Mais nous avons même opté pour le tri manuel plutôt que
le tri automatique pour améliorer la qualité des déchets promis à
valorisation.î Cependant s'il y a tri, il y a aussi décharge dans l'attente
d'un traitement. Et là, pas plus que pour un incinérateur, les populations
ne sont prêtes à accepter une unité d'entreposage puis de recyclage
des déchets à leurs portes. ́Si, de l'extérieur, ça ressemble
à un hangar classique, ça peut passer, confie l'ingénieur d'une ville
moyenne. Mais il y a l'odeur...î
Le recyclage n'a donc pas encore gagné la bataille, loin de là. Le conseil
général a adopté à l'unanimité un rapport souhaitant que
l'on recoure ́au minimum à l'incinération dans l'attente d'études
complémentairesî. Mais le plan départemental d'élimination des déchets
qui lui sera prochainement soumis par le préfet continue de prévoir un
taux d'incinération de 80 % dans 5 ans et entre 60 et 70 % dans 10 ans. Les
élus sont décidément moins pointilleux sur les dangers de l'incinération
que sur les inconvénients du recyclage...
jean-christophe barla
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Coup de chapeau
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