Líart, vivant, mais hors la vie ?
La Twingo ne ressemble pas à la De Dion-Bouton. Pas plus quíune toile de Basquiat
à un Michel-Ange. Dix jours ne seront pas de trop pour nous apprendre à
aimer líart díaujourdíhui.
Líart contemporain a son public. On devrait dire ses publics, tant il est férocement
cloisonné. Public encore restreint, la majorité díentre nous níayant pas
encore digéré la révolution Picasso. Il suffit pourtant de peu de
choses pour entrer dans le monde de líart contemporain. Un peu de pédagogie
díun côté, un peu de curiosité de líautre.
La pédagogie, Philippe Douste-Blazy vient de síen occuper. En lançant une
campagne nationale de sensibilisation. Ces Dix jours de líart contemporain destinés
à ouvrir au public les lieux de création et de diffusion des arts plastiques.
A Marseille, on síest largement mobilisé. Plus díune centaine de structures
ont répondu présents.
Si le ministre de la Culture a tenu à ìimpliquer toutes les formes díexpressionî,
la Ville a choisi de privilégier le design et les arts appliqués. On reconnaît
líesprit, toujours un peu utilitaire, de notre municipalité en matière
de culture. Qui ne se prive pas de souligner quíil síagit là díun secteur porteur
díemplois. Il faut reconnaître aussi que líobjet díart, díabord plus facile,
est plus à même de síinscrire dans la quotidienneté des gens quíune
úuvre díart conceptuel.
On aura voulu aussi, conformément au souhait du ministre, mêler à
la pédagogie un aspect ìfestifî. Louable mais pas évident. Il níest pas
sûr que lier líart à la pétanque soit le meilleur moyen de faire entrer
líart contemporain dans la familiarité du public.
Pour líessentiel, líopération consiste à recenser les lieux existants et
les manifestations déjà programmées. En les assaisonnant, ici et là,
de colloques, débats et ìactivités ludiquesî. Ce qui est déjà
une relative performance de la part des organisateurs qui auront eu peu de temps
pour préparer cette première fête de líArt contemporain, úuvre de
communication plus que véritable pédagogie.
Il revient maintenant au public de profiter de ce ìcoup de projecteurî pour accepter
de se laisser éclairer.
dominique allard
Les Dix jours de líart contemporain, 20-30 avril. Programme détaillé
dans Via, édition des Ateliers díArtistes, disponible à líOffice de la
culture de Marseille, 42, la Canebière.
Proposer de s'évader dans les allées du centre commercial Grand Littoral,
voilà qui peut paraître incongru ! Et pourtant. Depuis le 14 avril et jusqu'au
3 mai, le centre accueille en première européenne l'exposition ìFolk Art,
Coke Artî présentant 37 visions différentes de la bouteille de Coca-Cola
par des artistes du monde entier. Les úuvres ont été présentées
à Atlanta, lors des derniers jeux Olympiques.
Au premier abord, on n'a pas vraiment envie de voir les différentes déclinaisons
de la petite bouteille créée en 1915. On se dit qu'une multinationale comme
Coca-Cola contribue après tout à uniformiser le monde, que ses conquêtes
commerciales font chaque jour reculer un peu plus les cultures locales. Les plus
extrémistes soupçonneront même les sculpteurs d'avoir pactisé
avec le diable en prêtant leur talent à ce symbole de la mondialisation
! Et puis, la curiosité est la plus forte. Et là, d'allées en allées,
on se laisse prendre... La bouteille est un thème et de vrais talents, qu'ils
soient professionnels ou à peine sortis des écoles d'arts et de design,
s'expriment autour. Chacune reflète des traditions, des préoccupations,
des modes de vie particuliers. Pour les Barbades, la sculpture est illustrée
d'images de cricket, de cannes à sucre et de poissons volants. Pour Belize,
elle est taillée dans une seule pièce d'acajou, pour le Costa Rica, dans
du cèdre. L'artiste de Fidji représente la bouteille comme l'habitation
traditionnelle des villages fidjiens. Ted Lapidus, pour la France, en fait un flacon
de parfum. On ìflasheî sur la vision espagnole, sur celle de l'Uruguay. D'une úuvre
à l'autre, on voyage vraiment à travers le monde. Les réticences initiales
s'estompent définitivement face à la bouteille hollandaise : un sabot de
bois emprisonné dans une cage de fer en forme de bouteille de Coke pour symboliser
ìl'inquiétude de voir disparaître la culture traditionnelle hollandaiseî.
Même cette vision-là a pu être exprimée. Une raison de plus pour
se laisser emballer sans regret...
jc barla