LEGISLATIVES 1997
A droite, on ne sait plus comment de se débarrasser de Jean-Bernard Raimond.
A gauche, on tente de mettre en sourdine la querelle Weygand-Bernardini. Sur le papier
glacé, les sourires sont parfois forcés.
Rassemblement. Unité. Ces mots donnent un sens à une campagne. Rien n'est
plus pénalisant qu'une succession risquée de chamailleries publiques au
sein d'une même famille de pensée. Sur le papier glacé du discours
officiel, l'unité serait plutôt une vertu de droite. Depuis les élections
municipales, Jean-Claude Gaudin et Renaud Muselier tiennent un discours publique
étonnamment agatisé. Muselier a la peau lisse du dauphin. Le boss, à
droite, c'est Gaudin. A gauche, parler d'unité relèverait de l'improbité
intellectuelle. Vitrolles a posé une grosse loupe sur la guerre Weygand-Bernardini.
Un pacte de non-agression semble avoir été signé pour les législatives.
Mais les rancúurs sont tenaces.
Au delà de cette estimation de façade, cette folle aspiration vers l'unité
se prend parfois les pieds dans les rets du filet des réalités locales.
A droite, la dissidence de Jean-Pierre Bouvet, démissionnaire du RPR, dans la
14e circonscription, pose crûment une question simple : comment se débarrasser
du cas Jean-Bernard Raimond ? Au cours de la conférence de presse de présentation
des candidatures de la majorité, Freud est venu contrarier Muselier en le faisant
déraper : ìC'est pour cette raison que nous soutenons totalement Jean-Pierre
Bouvet... euh, pardon, Jean-Bernard Raimondî. Et le député de s'empêtrer
dans une contestation désespérée du caractère révélateur
de son lapsus. ìNous avons essayé de convaincre Raimond que cette candidature
ne servait pas les intérêts de la droiteî affirme-t-on plus loin. Mais
l'ancien ministre des Affaires Etrangères de Jacques Chirac en 1986 n'a rien
voulu entendre. Bouvet enfonce le clou : ìJe crois que Raimond est incapable de conserver
cette circonscription à droite. J'ai rassemblé toutes les forces de droite
sur le secteur. Raimond a réalisé l'incroyable performance de perdre 5
000 voix en six semaines sur Aix après l'élection de Jacques Chirac qui
avait tout de même réalisé 61% des voixî. Gaudin parle de ìbavureî.
Bouvet sait intimement qu'il a le soutien de Renaud Muselier.
Ailleurs, certaines déclarations laissent transpirer l'âpreté des
luttes internes. La 12e circonscription sera sans doute la plus médiatisée.
Henri d'Attilio (PS) croisera le fer avec Bruno Mégret (FN). Mais Christian
Rossi (UDF-RPR) ne se contentera pas simplement de jouer le spectateur. ìC'est extraordinaire,
cette focalisation sur le FN. Moi, je dis que Vitrolles, c'est tout simplement la
conséquence de deux mauvaises candidatures, à droite comme à gauche.
De plus, on sait pertinemment que D'Attilio ne rêve que du Sénat. Va-t-on
donner deux chances à Mégret d'être élu ?î. Dans la 5e circonscription,
le duel Olmeta-Muselier préfigure le prochain combat municipal. Les deux hommes
jouent très gros : si Olmeta échoue, l'horizon municipal se rétrécira;
si Muselier se plante, sa ìministrabilitéî deviendra caduque. Un sondage réalisé
par la droite démontrait il y a trois mois qu'Olmeta avait les moyens de contrarier
Muselier. ìOn a repris de l'avance depuisî assure-t-on à droite. Les militants
ont compris l'importance de l'enjeu. Au point de solliciter le soutien de toutes
les composantes de la droite... jusqu'à la présence dans le comité
de soutien d'Arlette Fructus-Olmeta, fille de René, responsable du Parti Radical
Valoisien (!). ìJe trouve ça lamentable. Elle a trouvé inconvenant qu'on
puisse lui faire une telle propositionî affirme Olmeta père.
Si l'heure est à l'apaisement au PS, la météo est toujours à
la défiance : si Bernardini a accepté la candidature d'Olmeta, il n'a pas
pour autant avalisé sa demande d'adhésion au PS. Depuis ses épousailles
avec Vigouroux, Olmeta n'est plus encarté. Bernardini craint tout simplement
la concurrence que le président de la commission sociale du Conseil Général
générerait au sein du Parti s'il était de nouveau intégré.
Un dernier crochet par la droite pour caresser avec délectation les intérêts
contraires de Gaudin et Muselier dans le futur gouvernement, si la droite l'emporte.
Dominique Galouzeau de Villepin, secrétaire général de l'Elysée,
a confirmé à Renaud Muselier qu'il avait 90 % de chance de se retrouver
dans le gouvernement dans l'hypothèse d'une victoire. ìCe serait la Mer, pour
lui donner un coup de pouce sur Euroméditerranée, ou la Communicationî
confie un très proche. Or, Gaudin rêve de présidence du Sénat
et cherche à assurer la transition jusqu'à la prochaine échéance
en décrochant un portefeuille symbolique, ìcelui des Relations avec le Parlementî.
Peut-on sérieusement concevoir la présence de deux ministres marseillais
dans la future équipe gouvernementale ? ìLa compétition existe, sans coups
basî a lancé Gaudin au sujet des rapports RPR-UDF. On en a la preuve. Dans la
peau du dauphin, Muselier commencerait-il à ìflipperî ?
stéphane menu
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BILLET Folle semaine pour la France. Nous savions avant quíil ait ouvert la bouche ce
que Jacques Chirac allait décider concernant nos députés. Qui a écouté
aux portes ou son téléphone lorsquíil en faisait la confidence en primeur
à quelque intime ? Pire. On savait déjà ce que les Français pensaient
de ce quíil níavait pas encore dit. Ils étaient díaccord pour que le président
de la République se débarrasse díeux une bonne fois pour toute jusquíà
la fin du septennat. Pire encore. On connaissait 48 heures à líavance, selon
un quotidien du matin généralement bien informé, la date à laquelle
il annoncerait la dissolution de líAssemblée nationale : le seul jour où
il níy avait pas de foot à la télé díici ce vendredi. a. g. |
Le voile est levé après la semaine des : dissoudre ou ne pas dissoudre.
Les partis doivent à présent fourbir leurs armes. La droite en expliquant
qu'elle agit pour líintérêt général, la gauche en criant à
la manúuvre politique. Tout cela alors que la gauche ne peut que gagner des sièges.
La droite pouvant difficilement faire mieux qu'en 1993. A chacun ensuite d'y retrouver
ses petits. Du moins peut-on essayer d'écouter les arguments de chacun.
Préparation psychologique
"Dans l'esprit, la démarche a été bien menée. Cette rumeur
précédant líannonce visait une préparation de l'esprit de la population
et des députésî, explique Marius Masse, député socialiste sortant.
Pour François Bernardini, responsable du PS pour les Bouches-du-Rhône :
"Le président a créé une dissolution tactique. Il s'est plus
comporté en chef de clan qu'en président.î Renaud Muselier, secrétaire
départemental de la fédération RPR des Bouches-du-Rhône reconnaît
"Il y a toujours des calculs en politique mais l'on en revient toujours à
l'intérêt général. Le président n'a pas choisi la facilité.î
Car si la prise de risques demeure calculée, ìla droite ne se réjouit pas
et devrait perdre au moins 150 députésî, explique encore Roland Blum, député
UDF.
Ne pas geler le pays
Alors quelles raisons avancer ? Les députés de la majorité répondent
de concert. Le risque de cohabitation, maintenant ou plus tard, existerait de la
même manière (une hypothèse à laquelle naturellement ils ne croient
pas). Et la campagne des législatives aurait gelé le pays durant neuf mois.
ìTous les partis ont un programme. On sait exactement ce que chacun veutî, ajoute
Renaud Muselier. Inutile donc díinvoquer le motif díune campagne de trop courte durée.
ìDans notre société hyper médiatisée, en un mois, chaque formation
pourra síexprimer.î Et líAssemblée devait être rééquilibrée.
Celle élue en 1993 ne correspond plus à la réalité de 1997. Il
leur apparaît donc normal que le président se lance dans une large consultation
avant les grandes échéances, comme celle de la monnaie unique.
Ce qui fait dire à François Bernardini que ìles mois à venir allaient
être très pénibles et peu favorables à la majorité en place.
Ils ont donc fait un choix tactique. Mais nous ne nous satisfaisons pas díun débat
tronqué sur líEuropeî. Marius Masse va plus loin en affirmant : ìIl nous faut
faire la preuve des mensonges du président.î Et Lucien Weygand de síinterroger
sur líétat réel de líéconomie de la France. Mais fort heureusement,
cette fois encore ce sont les électeurs qui trancheront.
céline cammarata
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A Marseille aussi A Marseille comme dans le reste du pays, chacun compte ses troupes. Les premiers pronostics donnent la droite en tête sur Marseille. Il est vrai que les députés sortant partent toujours avec un avantage de popularité et de réseau. Mais quíà cela ne tienne, Lucien Weygand affirme déjà que la gauche peut prendre une dizaine de sièges dans le département. Et si François Bernardini ne souhaite pas síaventurer dans le domaine des prévisions, du moins est-il très enthousiaste. Tous deux se réjouissent de la candidature díHenri díAttilio, dans la 12e circonscription, ìqui a déjà battu Stirbois et Mégret, sans compter que maintenant les gens ont eu un aperçu de leur comportement à Vitrollesî. Il règne toutefois une interrogation sur les 3e et 5e circonscriptions. Jeanine Ecochard et Philippe Sanmarco ont renoncé à être candidat. Ce dernierìne souhaitait pas que du fait de sa candidature, le débat se focalise sur son éventuelle condamnationî, a expliqué Lucien Weygand. François Bernardini se laissait, mardi, 48 heures pour régler la situation. Les deux frères ennemis síentendent aussi à reconnaître quíil faudra faire fi des divergences. Díautant quíil síagit ìde simples divergences díappréciation. Alors que líon síidentifie tous dans le programme lancé par Lionel Jospin. Líunion ne sera pas de circonstance, les problèmes de la fédération níapparaissent quíau deuxième plan.î A droite, naturellement, les candidatures d'union RPR-UDF ont déjà quitté les starting-block. |
L'inquiétude générale durant ces législatives aurait pu être
la possible ascension du FN. Il semble pourtant que la campagne prenne un autre tournant.
Un retour au bon vieux clivage droite/gauche. Au moment de la présentation des
candidats d'union UDF/RPR, Jean-Claude Gaudin a même déclaré : "Il
faut faire la démonstration que nos positions sont claires concernant le FN.
Et moins on en parlera, mieux ça vaudra. J'espère que les socialistes adopteront
la même position." Toutefois, à Vitrolles et Marignane, les associations
citoyennes de lutte contre le Front national entendent bien ne pas baisser la garde.
Bruno Mégret rôde. Car paradoxalement, s'il est inéligible au poste
de maire, il peut se présenter à la députation. Et même si les
associations s'élèvent contre la méthode, elles n'en restent pas moins
vigilantes.
Mégret bis
A Marignane, Alarme citoyens ne change pas de stratégie. Il ne s'agit pas d'appeler
à voter pour la droite ou la gauche, il s'agit de préserver du vote FN.
En "tractant", par exemple. Aussi attend-elle le 2e tour de pied ferme.
Toutefois Alain Biot, son président, proteste : "Ces élections anticipées
sont une épine dans le pied du mouvement citoyen en train de se mobiliser. On
nous coupe l'herbe sous le pied. Nous étions en train de préparer des propositions
concernant un certain nombre de valeurs essentielles. Nous n'aurons pas le temps
d'aboutir alors que ce mouvement était en train de bien se révéler.
De plus, les gens pensent que cette élection représente une manúuvre. Alors
je ne sais pas comment ils vont se comporter. Je ne crois pas que ce type de fonctionnement
incite les gens à aller voter."
Débats de rue
Même vigilance annoncée à Vitrolles. Simone Bessade, du Mouvement
démocratique vitrollais, explique : "L'association essaie d'être le
plus proche possible des citoyens et de leur demande. Les Vitrollais qui ont voté
FN sont loin d'être tous des fascistes. Alors il nous faut être tolérants,
conciliants et ouverts. Car Dieu sait si à Vitrolles il y avait de nombreuses
raisons pour que les gens votent FN." A la différence d'Alarme citoyens,
le MDV se veut une association politique. Ces élections anticipées ne lui
ont pas laissé le temps de préparer des candidats. Aussi, les membres de
l'association souhaitent-ils rencontrer tous les candidats de gauche. Ils souhaitent
les interroger sur leur position concernant les lois Debré, Juppé, la santé
et le vote des immigrés. "Nous voulons mobiliser le plus de monde pour
déstabiliser le Front national au moins sur Vitrolles. M. et Mme Mégret
s'inscrivent contre le chômage mais à peine arrivés ils licencient
80 personnes. On nous parle de problèmes budgétaires alors qu'ils licencient
pour recruter des gens à eux." Alors le 1er Mai, toutes les associations
devaient se regrouper pour un pique-nique républicain. Pour débattre, mais
sans scène ni micro. Comme au bon vieux temps de l'agora.
céline cammarata
Ces législatives promettent comme toujours quelques passes d'armes dont le
spectateur attentif pourra se délecter même s'il a perdu tout espoir en
la politique. Car c'est dans líarène des élections que les politiques nous
présentent leurs plus beaux atours. Alors, enjeux de pouvoir ou goûts du
jeu, les circonscriptions phares s'offrent à vous.
Quelques circonscriptions ont toujours tendance à attirer le regard. Quelques
morceaux joués à quatre mains. Lorsque ne se déroulent pas des duels
emblématiques. On pense naturellement à Henri DíAttilio, la force tranquille,
contre Bruno Mégret, l'agitateur de Vitrolles, découvreur de potiche. Et
puis, il y a les différents fiefs de gauche comme de droite dont on surveille
l'éventuelle chute. Bref, on ne va pas tenter de lire dans le marc de café
mais juste s'intéresser aux positions signifiantes et à leurs arrangements
de dernière minute.
Fief
On sait ainsi que Guy Hermier se succède à lui-même depuis 1978 dans
la 4e circonscription. Et avant lui, on trouvait déjà un communiste, François
Billoux. Bref, on pourrait presque parler d'héritage. Face à lui, on trouve
Bernard Chatel, dont Jean-Claude Gaudin a pris soin de rappeler qu'il l'avait soutenu
dans son refus d'un arrêté anti-mendicité. Un homme dont il juge "l'action
humanitaire inattaquable.î Argument béton pour se faire élire dans
les quartiers nord ? Guy Hermier préfère jouer la carte de l'équilibre.
Et demander à la population de ne pas laisser carte blanche au gouvernement
en place pour cinq ans. Face à eux, Michel Dary, candidat PRS (Parti radical
socialiste), et Bernard Susini pour le FN.
La querelle des anciens et des modernes
Autre circonscription emblématique : la 5e, celle du 1er adjoint de la ville.
La défection, face à Renaud Muselier, de Jeanine Ecochard voit arriver
un candidat populaire en la personne de René Olmeta. Représentant le PS,
bien que le secrétaire de la fédération lui en ait refusé l'adhésion.
On sait toutefois que le député sortant conserve toujours l'avantage du
fait des réseaux et des contacts établis durant les années de mandat.
De plus, le retrait de Ronald Perdomo avantagera le député sortant en cas
de triangulaire. Le FN puise en général une partie de son électorat
dans celui de la droite. Or Marie-Odile Raye, la suppléante/remplaçante
ne possède pas la notoriété du N°1 du FN. Me Perdomo a argué
d'un surcroît de travail pour expliquer ce retrait.
De père en fils
On remarque ensuite que face à Sylvie Andrieux (PS) et Bernard Leccia, député
sortant UDF/RPR, se présente une candidature communiste d'ouverture. En effet,
Francis Caccintolo (PC) sera accompagné de Félix Weygand (MDC). Cette alliance
de dernière minute évite de trouver en compétition directe le fils
du président du conseil général et la candidate socialiste.
A surveiller aussi, la 16e et dernière circonscription du département.
Le maire de Tarascon se présente contre le maire d'Arles. Thérèse
Aillaud, député sortant, défend les couleurs du RPR. Alors que les
socialistes attendent beaucoup dans cette circonscription de Michel Vauzelle. La
présentation de la liste des candidats PS des Bouches-du-Rhône s'est d'ailleurs
déroulée en Arles, et en présence de Laurent Fabius. Une partition
qui s'est déjà jouée.
Re-sursaut
Après les razzias de Marignane et Vitrolles, Bruno Mégret fait une nouvelle
tentative face à un adversaire de poids en la personne d'Henri DíAttilio. Natif
de Châteuneuf-les-Martigues et maire de sa ville depuis 1970, il l'a déjà
emporté en 1993 "alors que le PS était mal placéî .Il
a déjà affronté victorieusement Bruno Mégret comme Marie-France
Stirbois. Aux antipodes du parachutage, il est reconnu à droite comme à
gauche comme un élu de terrain : "Mon programme, toujours le même
: 12 heures par jour, sept jours sur sept.î Pressenti pour les sénatoriales
- retraite des politiciens méritants -, il n'a pas voulu se priver du plaisir
d'une nouvelle passe d'armes avec le FN. Une candidature moins bruyante mais peut-être
plus dangereuse, selon un sondage cité par le maire de Marseille, celle de Philippe
Adam (FN) dans la 11e circonscription. Face au PRS Yves Vidal, au candidat UDF Christian
Kert et à Danièle Bellan pour le PC. A suivre de très près donc.
céline cammarata