L'Eveil: actualité des institutions

ACTUALITE DES INSTITUTIONS


Entrevue avec Alain Sérieyx (Chambre régionale des comptes): ěEvitons d'autres Vitrolles !î


Le mois prochain, la Chambre régionale des comptes Provence-Alpes-Côte d'Azur présentera son rapport d'activité 1996. Alain Sérieyx, son président, se prépare déjà aux critiques des élus pris en faute en les renvoyant à leurs responsabilités...


Les élus visés par des observations de la Chambre régionale des comptes (CRC) en feraient-ils trop ? Chaque fois, dès que les faits incriminés sont rendus publics, ils sont plus nombreux ceux qui hurlent à la calomnie que ceux qui battent leur coulpe. En jouant les vierges effarouchées, ils espèrent renverser l'opinion : ils sont ěpropresî, le juge financier exagère. Problème : les lettres d'observations qui les concernent font état de plusieurs dizaines de millions de francs de fonds publics dépensés avec légèreté, au prix de manipulations comptables, pour la gloire de quelques-uns ou le confort matériel de quelques autres. L'année dernière, les principales institutions locales ont été ěépingléesî. Les contrôles se poursuivent et pourraient révéler d'autres anomalies. A l'heure où il prépare l'audience solennelle durant laquelle il présentera le rapport d'activité pour 1996, Alain Sérieyx demande aux élus un peu d'humilité et aux électeurs de ne pas généraliser...

Retour de bâton

C'est Michel Rocard qui, en 1990, a voulu que les rapports des CRC soient rendus publics. L'Assemblée nationale a approuvé. Les élus s'en mordraient-ils les doigts ? ěDepuis dix ans, le Parlement n'a cessé d'accroître nos compétences et l'impact de nos décisions, explique Alain Sérieyx. Les politiques pensaient probablement réduire ainsi la méfiance de la population à leur égard. Maintenant, ils nous reprochent d'avoir pris ces lois au pied de la lettre.î Ce qui se réglait avant entre préfet et élus fautifs ědans la logique du confessionnalî éclate sur la place publique. ěQuand le Parlement nous a demandé de détecter la corruption, nous nous y sommes attelés avec répugnance pour constater finalement que le mal était gravement répandu.î L'intervention d'Alain Sérieyx, à l'époque, avait fait grand bruit, mais certains médias nationaux l'avaient relativisée en affirmant qu'elle n'était qu'un problème marseillais, niçois ou varois... Les autres CRC ont prouvé que la pratique était généralisée. ěDepuis, les auteurs de corruptions se méfient. La pression diminue. Et ceux qui pensaient qu'elle était la norme ont compris qu'elle était une voie de destruction personnelle et sociale.î

Gérer avec rigueur

Pour Alain Sérieyx, la mission des Chambres est délicate. Comment évoquer des erreurs de gestion sans accréditer dans l'esprit du public que tout le personnel politique est ěpourriî ? ěEn France, 60 000 contrôles par an sont pratiqués. Les 800 lettres d'observations publiées sont loin de mettre en cause la probité morale des dirigeants. Les vraies pratiques malhonnêtes ne sont l'úuvre que de quelques-unsî. Le président se défend également de ěfavoriserî indirectement la montée du Front national. ěNous n'avions pas fait de contrôle sur Marignane et Orange. Pour Toulon, seule une partie des comptes avait été examinée. Quant à Vitrolles, nous avons reporté notre intervention pour ne pas interférer avec l'élection.î Selon lui, c'est aux élus de se reprendre en mains pour ne plus générer la suspicion. ěNous sommes dans une crise économique, les gens ne tolèrent plus le gaspillage. Il faut absolument que les gestionnaires d'argent public soient plus rigoureux. Ce n'est pas en criant au loup à chacune de nos observations que les élus incriminés se referont une virginité vis-à-vis de leurs électeurs. S'ils persistent ainsi, ils pourraient bien provoquer d'autres Vitrolles.î

jean-christophe barla


Intérêts partagés

Alain Sérieyx était intervenu lors du récent colloque organisé par le conseil général 13 sur la décentralisation. Il avait eu, face aux élus, cette conclusion toute en nuances : ěLes CRC commencent seulement à mettre en úuvre les contrôles que les élus de la nation leur ont confiés. La technique comme l'expression sont encore malhabiles, oscillant entre la confidence susurrée et le sermon indigné. Mais dans le climat malsain qui s'est établi entre gouvernants et gouvernés, l'intervention, mieux calibrée par l'expérience, des CRC peut assurer une meilleure transparence des gestions locales, permettant par là même de mieux associer les citoyens à ces gestions, de leur en faire percevoir les servitudes, de revaloriser l'action et le rôle de leurs élus, bref de conduire à la réussite de l'exceptionnelle entreprise de formation civique qu'ont inaugurée les lois de 1982.î Un appel à la paix ?




Revue d'opinions


ď Raison garder

ěJe ne lis pas dans le détail les rapports de la Chambre régionale des comptes, mais les comptes rendus que la presse en fait. J'ai l'impression que l'utilisation médiatique de ces documents est souvent abusive. Pour quelques élus malhonnêtes, on contribue à jeter le discrédit sur les centaines de milliers qui chaque jour tentent de faire leur travail correctement. Cette suspicion me gêne. On parle de personne ěépingléeî alors que, de manière évidente, elle n'aura jamais pu contrôler tous les actes qu'elle a signés, toutes les délégations de signature qu'elle a accordées. Résultat : les élus ou les administrateurs de ces collectivités publiques vivent dans la peur bleue de la chambre des comptes.
S'il faut des contre-pouvoirs partout, il faut aussi éviter les excès. Les gestionnaires d'argent public doivent se montrer plus prudents. Mais, de l'autre côté, il ne sert à rien de répliquer au laxisme d'hier par un pointage systématique des erreurs des uns et des autres. Aujourd'hui, des cadres de collectivités locales craignent d'inviter quelqu'un à déjeuner. C'est trop, parce que cela finit par gêner le fonctionnement. Mais cette perspective d'un contrôle a permis aussi d'accroître la précision des contrats ou des procédures de paiement des entreprises travaillant avec des organismes publics... Je crois qu'il reste à trouver un juste milieu : quand l'angoisse est telle, c'est qu'on ne se connaît pas et que les limites n'ont pas été clairement posées.î
Richard Miron, PDG de Rial Evénements et président du Centre régional des jeunes dirigeants.

jcb





Lionel Tramoni
, Jeune RPR

Que pense un jeune politique, Lionel Tramoni, jeune RPR, de la chambre régionale des comptes en Provence-Alpes-Côte díAzur ? ěLa chambre régionale des comptes est à líimage de son président Mais globalement, ces chambres ont un rôle très positif à jouer même si elles níont aucun pouvoir coercitif. Des gens pas forcément compétents se retrouvent à gérer des budgets colossaux. Et ce encore bien plus dans les petites villes où il níy a pas forcément le personnel technique adéquat, les élus peuvent commettre des erreurs par inavertance.î
ěA droite comme à gauche, ce níest pas tout blanc ou tout noir. Il y a cinq cent mille élus en France, tous ne sont pas pourris. Toutefois, avec des sommes aussi importantes, il arrive que la tentation soit la plus forte. Díoù la légitimité de ce type díorgane qui peut créer une certaine crainte auprès des élus. Mais on se retrouve parfois devant des victimes politiques. On lía vu dans notre groupe avec Thérése Aillaud, poursuivie inlassablement alors que les accusations avaient été déboutées par le Conseil díEtat.î

c. c.


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