
Dans l'eau glauque où s'embourbe et naufrage Toulon, c'est une source pure qui
a jailli dernièrement de cet Espace d'oxygène qu'est le Comédia avec
le spectacle, entre tour de chant et récital de poésie, tour de force sans
rien de forcé, chansons poétiques et poésies chantées, offert
par Anne Sylvestre et Viviane Théophilidès, dans une symbiose de la voix
et de la musique, avec la complicité du pianiste Philippe Davenet. L'âme
a flotté sur les vagues de la générosité.
Sans le disque ancien*, on croirait d'aujourd'hui certaines des chansons, où
l'agneau est bronzé, black, victime du délit de faciès, de circonstance
à Toulon.
Prenant prétexte de La Fontaine, dont l'amorce des fables est donnée comme
un la par l'actrice, la chanteuse se lance dans le texte, le sien, sa chanson
: c'est un prélude, c'est un commentaire, c'est une conclusion à la fable,
cadre, prolongement, auréole amoureusement respectueuse du fabuliste, doucement
irrévérencieuse dans sa versification qui en virtuose passe de l'alexandrin
le plus classique à la rime détonante, sur des musiques Grand Siècle
ou d'aujourd'hui. Langues noble et quotidienne mêlées : l'art même
de La Fontaine qui mêle registres, situations, comme Anne use de l'argot ou
des faits divers d'aujourd'hui. Près de cette muse à la sève savante
et populaire, Viviane, fait vivre les vers, les contes, délicieusement, perversement,
port et diction de reine, voix qui est musique, souffle, soupir, du grave à
l'aigu, avec l'évidence de la grâce sans gracieuseté : il y a Anne
dans Viviane, il y a osmose entre les deux, entre le côté cour (Versailles
sans chichis) de l'une et le côté jardin (sans Petit Trianon) de l'autre.
b. p. n
* Anne Sylvestre chante au bord de La Fontaine, EPM/ADES.