Le pensionnaire de la SCO Sainte-Marguerite a dû se contenter de la 20e place
aux championnats du monde de Turin. Maigre consolation : il a conforté son leadership
national en terminant devant Essaïd.
Ils sont depuis longtemps vaccinés contre les assauts de l'illusion. Les coureurs
français n'ont jamais flotté dans les maillots trop grands d'une ambition
qu'ils auraient élargi avec démesure. Depuis qu'il court, Abdellah Behar
n'a jamais triché avec lui-même. On ne bouscule pas les hiérarchies
sur un simple état de forme. Dimanche, à Turin, au cours du championnat
du monde de cross-country, Paul Tergat, le monstre kenyan, a coupé la ligne
d'arrivée une minute et demi avant lui. Sur 12,313 km d'un parcours peu accidenté,
c'est la distance qui le sépare de l'élysée. C'est le temps qu'il
aurait fallu combler pour atteindre la dimension divine.
Il rêvait d'une dixième place. Cela aurait été sa victoire à
lui. Mais la course est partie sur des bases folles, dynamitée d'entrée
par le puissant kenyan Nyariki. Avec Mustapha Essaïd, son pote de l'équipe
de France, il a bien tenté de revenir au train dans le groupe de tête.
Mais la locomotive noire a de nouveau lâché les wagons de deuxième
classe. ìIls sont deux et puis c'est toutî, lâchait, fataliste, François
Julliard, directeur technique national de l'équipe de France. ìJe considère
que c'est un bon championnat, même si j'ai fait 17e dans le passé. Je regrette
juste de ne pas être le premier européenî, déclarait à la fin
de la course le pensionnaire de la SCO Sainte-Marguerite.
Dans d'excellentes dispositions tout au long de l'hiver, Behar est devenu logiquement
champion de France de cross il y a un mois. Naturalisé Français il y a
cinq ans, Behar n'est pas étonné par la distance qui sépare la France
de nations phares comme le Kenya, l'Ethiopie ou le Maroc. ìCe sont des coureurs qui
se retrouvent régulièrement en stage et vivent à fond leur carrière.
Nous n'avons pas les mêmes dispositions en France.î Il y a deux ans, l'arrivée
du Front national à Marignane l'avait poussé à changer d'air. ìJe
n'ai jamais ressenti le racisme dans le sport françaisî, dit-il. Et d'ajouter
: ìDe toute façon, il y a quatre Marocains dans l'équipe de France.î Mais
la mairie souhaitait tout simplement que Behar abandonne le statut de sportif de
haut niveau entièrement adonné à la pratique de son sport. ìCe qui
était impossible. On ne peut pas travailler et s'entraîner. Sinon, c'est
la mort du sport de haut niveau.î A plus de trente ans, Behar n'entend pas ranger
les pointes. Si le physique suit, il prolongera le plaisir le plus longtemps possible.
ìPourquoi pas jusqu'à quarante ansî, lance-t-il optimiste.
L'homme n'a aucune revanche à prendre sur la vie. Tout ce qui lui arrive, il
se débrouille pour le positiver. Aux JO d'Atlanta, il n'avait fait qu'un court
crochet sur la cendrée made in Coca-Cola. Une douleur aux ischio-jambiers avait
écourté sa série du 10 000 mètres. ìQu'importe, j'avais été
heureux de représenter la France à ce niveau.î Il espère être
physiquement au top pour retrouver l'Olympe en Australie, en l'an 2000. Il y aura
toujours des Kenyans, des Ethiopiens et des Marocains devant lui. La course de fond
ne laisse pas de place à la surprise, Behar n'en a jamais douté. C'est
ce qui fait sa force.
stéphane menu