
Contre vents et marée, un bateau réunit depuis un siècle les deux rives du Vieux-Port de Marseille. Un service public précieux en temps de grève des transports publics mais en déficit de 450.000 francs par an.
Véritable institution, il navigue depuis mai 1880 dans les eaux du Lacydon. Et il joue un rôle de mo-nument historique. Les touristes effectuent près de la moitié des 80.000 passages annuels (2,50 francs la traversée et 4 francs l'aller- retour). Grâce à Marcel Pagnol et à sa célèbre trilogie, la réputation du ferry traverse les frontières. Malgré une histoire chaotique, émaillée d'incidents, ce transbordeur survit contre vents et marée.Propulsé d'abord par le charbon puis par le pétrole dès 1922, il se dote d'un moteur diesel en 1936. Détruit pendant la Seconde Guerre mondiale, il ne reprend du service qu'en novembre 1946. En 1983, la société privée exploitant la ligne dépose son bilan. Un an plus tard, la ville récupère les ferries Mouche IV, Mouche VII (en référence à leurs homologues parisiens) et César. Ce dernier, le plus moderne, assure seul depuis 1985 la traversée du Vieux-Port (de la place aux Huiles à la mairie). Un trajet de 206 mètres. Une seconde ligne, créée en 1946 et reliant la Criée au fort Saint-Jean, disparaît.
Une véritable institution de la ville En prenant le relais,
la mairie devient propriétaire d'un outil im-possible à rentabiliser.
« C'est un service public », rappelle Bernard Giraud, adjoint
chargé de la délégation des Affaires maritimes et donc
du ferry-boat. Les 200.000 francs de recettes annuelles (billetterie) couvrent
tout juste l'entretien du César. Le coût total de fonctionnement
(carburant et personnel) s'élève à 650.000 francs.
Il faut savoir que le ferry-boat est armé au titre de la marine marchande.
Il répond donc aux mêmes règles de navigation et de
sécurité qu'un paquebot comme le Napoléon-Bonaparte
reliant le continent à la Corse. Lors des grandes animations sur
le Vieux-Port, comme le Tour de France à la voile ou le championnat
de France de joutes, la fréquentation quotidienne atteint les 1.500
passagers. Sinon, les deux employés municipaux qui assurent la navette
ne voient guère de clients. Mais c'est une institution : « Quand
il s'arrête, j'ai immédiatement des appels téléphoniques
de protestation », souligne Bernard Giraud. Avec le temps, le César
voit ses problèmes techniques se multiplier. « Quand il sera
trop en mauvais état, nous le changerons », prévient
Bernard Giraud. Une coque plastique devrait succéder à celle
en bois. Avant qu'il ne rende l'âme, le Salon nautique de Paris accueillera
en décembre prochain une réplique du ferry-boat de Marseille.