Marseille, Porte du Sud
Albert Londres
(Le Serpent à Plumes)
Pionnier du journalisme international, Albert Londres (1884 - 1932) n'a cessé d'aimer Marseille et de l'écrire avec force. "Marseille, Porte du Sud" est une invitation au voyage, dans la ville du début du siècle, dont le port et les rues brassent sans discontinuer négociants et marins, colonisateurs et colonisés, industriels et immigrés, soleil et poésie. Certaines visions de l'auteur, plus ou moins filigraneuses, lorsqu'il contemple par exemple l'oeuvre de la "race blanche" dans les colonies, apparaissent un peu douteuses et pour le moins datées: elles n'ont pas été retenues. La séduction du texte et de la ville demeure. Le Pari de Marseille vous en présente ici un extrait, qui conclu l'ouvrage, au phare du Planier .
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"Allez à Marseille. Marseille vous répondra. Cette ville est une leçon. L'indifférence coupable des contemporains ne la désarme pas. Attentive, elle écoute la voix du vaste monde et, forte de son expérience, elle engage, en notre nom, la conversation avec la terre entière. Un oriflamme claquant au vent sur l infini de l'horizon, voilà Marseille. Elle double son port d'un arrière-port. Ses Compagnies de navigation lancent chaque annee des paquebots plus beaux que des châteaux. Les autres grandes nations font cependant davantage. Aidons Marseille dans sa montée. Toute l'Italie est derrière Gênes pour le pousser. La France ne connaît de Marseille que Marius et le mistral.
Il est un phare à deux milles de la côte. Tous les soirs, on le voit qui balaye de sa lumière et le large et la rive. Ce phare est illustre dans le monde; il s'appelle le Planier. uelle que soit l'heure où vous le regardiez, dites-vous qu'à cet instant on parle de lui sur toutes les mers et sous toutes les constellations. Quand on n'en parle pas, on y pense. Mais si le Planier ramène au pays, il préside aussi au départ. Faites le voyage de Marseille, jeunes gens de France; vous irez voir le phare. I1 vous montrera un grand chemin que, sans doute, vous ne soupçonnez pas, et peut-être alors comprendrez-vous?"