A proximité du bassin de Radoub, en bout de forme 7, un petit bâtiment blanc abrite les locaux de L'Association Culturelle de la Réparation Navale marseillaise. Une plaque banale le signale. Pourtant, une fois la porte franchie, le visiteur peut découvrir sur 500 m2 une exposition permanente retraçant les métiers de la réparation navale.
Créée en 1982 par François Vidal, l'association a pendant une dixaine d'années promené son exposition entre Marseille et Saint Nazaire, avant de s'installer définitivement en 1991 dans des locaux mis gracieusement à sa disposition par le Port Autonome de Marseille.
Outils, maquettes animées et photos permettent de retracer l'histoire de la réparation navale. "Nous avons voulu conserver la mémoire de notre métier et des hommes qui l'on fait. Depuis 1991 nous avons reçu des dixaines d'écoles. Nous recevons un public très varié, des passionnés et des profanes, mais nous n'avons pas les moyens de faire de la publicité. Les visiteurs ont souvent découvert notre existence par le bouche à oreille", explique Bathelemy Cappelluti, président de l'association.
Et cette découverte vaut vraiment la peine.
Il y a, bien posé sur en évidence sur son socle de bois, la maquette au 1/50ème d'un pétrolier, le Piraeus, une merveille de finesse et de précision, où même les épissures des haussières, minuscules boucles d'un demi centimètre, ont été réalisées selon les préceptes des matelotages d'antan. Il y a aussi, à deux pas de là, une gigantesque soupape de la taille d'un homme, preuve tangible de la banale monstruosité des moteurs marins des années cinquante, démesure d'ailleurs tellement peu connue du monde terrestre que les mécanos de bord passaient souvent pour de joyeux lurons lorsqu'à terre, ils racontaient leurs "aventures" dans les entrailles surchauffées de ces moteurs.
Il y a également, mais la liste n'est pas exhaustive, tout un petit coin discret (c'était pour moi le plus fascinant) consacré au rivetage, cette technique de construction définitivement oubliée, en fait un métier de malheur où l'on travaillait toujours à deux, pour le pire et le meilleur, à jointoyer et assembler des plaques de toles parfois épaisses d'une ou deux mains d'homme.
Ce musée qui ne dit pas son nom est un témoignage du passé prodigieusement vivifié par des hommes qui savent de quoi ils parlent - une denrée rare - et qui évoquent sans prétention mais avec fierté et passion leur passé d'ouvriers de la navale, en faisant s'animer sous des yeux souvent ébahis, maquettes de bateux ou mini moteurs.
A découvrir d'urgence... En ces temps de pseudo-culture, c'est une belle et bonne bouffée d'air frais.