RAGE DE FLIC
Gilbert Schlogel
Fayard 1995
C'est clair, l'Inspecteur Principal Sylvio Dotti n'aime pas les médecins. Pourtant, lorsqu'un influent médecin marseillais, est dénoncé par lettre anonyme pour le meurtre de sa femme, il faut bien enquêter pour découvrir l'auteur de ce mauvais coup, surtout lorsque son propre supérieur est copain avec l'homme en blanc qu'il s'agit de blanchir. En fait, c'est plutôt de la série noire que va découvrir Dotti et...ça lui donne la rage !
Bon polar, écrit par un ancien chirurgien, sous la forme d'une enquête bien ficelée et très réaliste : la preuve, ça a plu aux flics, qui forment le jury du "Prix du Quai des Orfèvres" décerné au bouquin en 1996. Tout ça se passe exclusivement à Marseille et le roman campe des personnages assez crédibles, même si son écriture, efficace et classique, s'apparente plus à celle des "Fioli-qui-mange-l'Aîolîiii" qu'à la veine du polar marseillais incarnée par un Izzo ou un Carrese. On ne peut s'empêcher de noter quelques tournures assez insidieuses dès qu'entrent en scène des étrangers (du genre, P120 : "La présence maghrébine était peu importante. Mais les hommes accoudés au bar avaient de vraies têtes de brigands"), dont le parfum n'est pas vraiment celui auquel goûte le Pari de Marseille. A part ça, c'est assez bon et ça se lit en une ou deux heures. Il est difficile de choisir un extrait significatif sans entrer plus avant dans l'intrigue, alors on se contentera d'une petite note d'ambiance...
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"Fernand se dirigeait entre les entrepôts de la gare maritime comme s'il y avait passé sa vie. Il planqua la R19 derrière un bâtiment vide, et ils retrouvèrent facilement les deux gardiens laissés en planque près des voitures volées. Chacun choisit un place et l'attente commença.
La nuit était claire. Les stridences du Mistral dans les structures de métal qui les entouraient prenaient par instant des sonorités dramatiques. Soudain, dans le silence d'une accalmie, le bruit d'un moteur se fit entendre. Chacun se recroquevilla dans sa cachette. Une semi-remorque à la plate-forme immatriculée en Italie, pénétra sous la voûte et stoppa au niveau des voitures. Le chauffeur sauta de la cabine et d'un pas tranquille se dirigea vers le bureau. Etonné de le trouver vide, il secoua la porte vitrée, puis frappa du plat de la main sur le montant, provoquant un vacarme assourdissant accentué par la résonance du hangar.
Furieux, il se retourna pour se trouver nez à nez avec deux agents en uniforme, qu'il n'avait pas entendu venir. Derrière eux, Antoine, Sylvio et Fernand étaient embusqués, prêts à sortir leurs armes."