Pour la population marseillaise, l'événement est passé plutôt inaperçu. Pendant deux jours pourtant, 1 700 chefs d'entreprises, français et étrangers, avaient rendez-vous à Marseille pour World Med 96. La ville en est sûrement sortie grandie. Mais elle devra se battre pour transformer en investissements les bonnes opinions engrangées...
Mille sept cents chefs d'entreprises dont 500 venus de l'étranger, des débats de grande tenue, le Napoléon Bonaparte pour l'hébergement et quelques colloques, des visites sur des sites clé (le Port de la Joliette à Fos et Cadarache) et quelques soirées de prestige (dîner de gala au Palais de la Bourse, ballet Roland Petit dans le nouvel auditorium du Pharo) : cette deuxième édition de World Med aura joué dans le haut de gamme. Il n'aura manqué en fait qu'un invité de marque pour que Marseille se présente sous son meilleur jour : le soleil. Une absence qui aura probablement plus incommodé les accompagnants que les participants des colloques puisque leur emploi du temps ne leur laissait guère de moments de répit. Au terme de la manifestation, le président de la Chambre de commerce et d'industrie Marseille-Provence, Henry Roux-Alezais, qui en était l'initiateur, ne cachait pas sa satisfaction : "World Med 96 aura été d'un meilleur niveau qu'en 1993. De plus, ceux qui venaient pour la deuxième fois auront pu juger des progrès de Marseille en l'espace de trois ans, notamment en matière de micro-électronique, secteur dans lequel, en 1993, nous n'avions pas grand chose à montrer." A défaut de pouvoir générer des retombées immédiates, Marseille aura fait uvre, pendant ces deux jours, de visibilité. Et surtout d'une volonté de relever la tête qui n'est pas passée inaperçue...
Un poids économique méconnu
World Med 96 représentait, selon la CCI, quelques huit millions de francs de budget pour son organisation. En quoi cette dépense a-t-elle servi le développement économique de Marseille ? Sans aller jusqu'à évoquer les retombées réelles, en espèces sonnantes et trébuchantes, toujours impossibles à évaluer, World Med aura au moins permis de faire tomber quelques clichés sur Marseille. En Provence, il n'y a pas que le soleil, la mer et la douceur de vivre, mais aussi des entrepreneurs ambitieux et volontaires. La plupart des colloques se sont attachés à mettre en évidence un potentiel dont certains avouaient ne pas connaître l'étendue. Les industriels de l'agro-alimentaire ont pu ainsi expliquer que leur secteur réalisait sur la région environ 40 milliards de francs de chiffre d'affaire dont plus des deux tiers sur les Bouches-du-Rhône et employait 22 000 personnes. La micro-électronique dans notre département est parvenue en quelques années, suite au développement du pôle de Rousset, à peser 25 % de la production nationale. Les implantations nouvelles d'entreprises ont généré en 10 ans environ 4 500 emplois. Et la progression se poursuit. Dans le colloque sur l'énergie, le Centre d'études nucléaires de Cadarache a démontré son avance en matière de recherche sur la fusion thermonucléaire qui, dans le milieu du XXIe siècle, pourrait permettre de disposer d'une source d'énergie quasi-infinie. En chimie, les invités de World Med ont pu découvrir l'avancement des recherches en ce qui concerne les applications dans le domaine médical dans une approche au plus près du quotidien des gens (lire aussi page 6). Enfin, les responsables du port autonome ont largement insisté sur le potentiel de Marseille depuis que le port a retrouvé sa fiabilité. Quant à Euroméditerranée, World Med aura constitué la première opportunité d'en faire une présentation précise à un aréopage international des plus curieux... Henry Roux-Alezais voulait une manifestation promotionnelle de Marseille. World Med l'aura été incontestablement. Même si elle aura été limitée au microcosme économique...
Déterminés à réussir
Mais au-delà d'un catalogue d'atouts (malgré tout pas difficile à digérer compte tenu de la qualité des débats), World Med 96 aura marqué par la volonté déterminée des institutions locales et des chefs d'entreprises présents d'agir pour le développement de Marseille. On oubliera les propos de Lucien Weygand, lors de l'ouverture officielle, répétant pour la énième fois les grands axes de la stratégie du conseil général à un public qui attendait plus des ambitions communes que des discours nombrilistes. On oubliera également le plaidoyer complètement hors-sujet de Jean-Claude Gaudin pour la politique du gouvernement Juppé. Mais on retiendra la conclusion prononcée par Jean-Louis Geiger, président de la commission développement économique-nouvelles technologies-recherche du conseil régional, à propos de la croissance du secteur micro-électronique : "Trois cents entreprises nouvelles vont se créer d'ici 10 ans. On en veut 30 chez nous ! Et on se donnera les moyens de les avoir !" Marc Lassus, PDG de Gemplus, estime chaque investissement entre 2 et 8 milliards de francs. Même détermination à Cadarache, de la part du directeur Michel Suscillon, pour obtenir l'implantation du réacteur expérimental sur la fusion thermonucléaire ITER même si, peu avant les vacances, par la voix d'un secrétaire d'Etat, la France laissait entendre qu'elle ne serait plus candidate. Un tel projet attirerait pour une trentaine d'années quelques 3 000 chercheurs en moyenne dans notre région. "Va-t-on laisser passer une telle opportunité quand Américains et Japonais, partenaires du projet, semblent tentés par une installation en Provence ?" World Med 96 aura permis, pour une fois, d'afficher une homogénéité de points de vue et de volontés en faveur d'une renaissance économique de Marseille. Une voix qui pourrait porter d'autant plus qu'elle était souvent celle de "patrons de poids" (Orangina, SGS Thomson, Danone, Pernod-Ricard, Gemplus, Elf Atochem...).
Il reste désormais à mettre en accord les promesses avec les actes. C'est-à-dire ne plus tergiverser dans l'accueil des entreprises, désigner des interlocuteurs bien identifiés, créer un organisme de promotion unique pour Marseille et sa région... World Med, sur tous les secteurs, a permis en effet de démontrer que, quoique bien dotée en potentialités et en attraits, Marseille est avant tout dans un environnement mondial extrêmement concurrentiel. Mieux vaudra ouvrir la porte tout de suite et dérouler le tapis rouge aux investisseurs qui se manifesteraient. Car ils ne frapperont pas deux fois...
jean-christophe barla
Ce qu'ils en pensent...
· Emmanuel Edou., Conseil national des chargeurs du Cameroun au colloque Europort-Euroméditerranée :
"Nous avons déjà des activités dans la région. Mais nos rapports ont connu à un moment des difficultés avec les dockers du port. Avec les nouvelles données de World Med, c'est l'occasion pour nous de poser les jalons de nouvelles relations. Nous sommes essentiellement exportateurs, et on a rencontré des gens spécialisés dans la logistique et le transport."
· Paul di Rosa, PDG de MITC (Marseille Indonesia Trade Center) au colloque Europort-Euroméditerranée :
"L'Indonésie entretient un commerce fructueux avec certains pays africains. Marseille est la porte d'entrée des pays d'Afrique du Nord en Europe. Elle aurait un rôle à jouer dans ces échanges. Or, que remarque-t-on, les centres de distribution les plus importants sont au nord. A Rotterdam par exemple, il y a un centre d'implantation et de distribution pour les pays asiatiques. On ne trouve rien de tout cela ici Le problème est de faire venir tous ces marchés à Marseille. Une seule solution : devenir plus professionnel en matière de communication. Intégrer aux activités de réception de marchandises des activités d'exposition et d'aide à la distribution. On a tendance à oublier que la croissance peut venir aussi de l'importation."
· Michel Depraetere (organisateur de World Med 93), BP Chemicals France au colloque Chimie pour la santé :
"Nous avons bénéficié de l'apprentissage de 1993 et élargi le débat. Les retombées d'un tel colloque ne se sentent jamais tout de suite. Les résultats depuis trois ans ? Des personnes qui étaient là en 1993 sont revenues. C'est bon signe. Les Américains avaient été impressionnés par la compétence scientifique locale. Ils avaient pu découvrir l'Europe du Sud qu'ils connaissaient mal. A terme cela amènera des implantations industrielles.Des Russes pour l'énergie et des Chinois pour l'agro-alimentaire sont venus par curiosité. Et ils voudraient pouvoir participer aux débats la prochaine fois."
· Sabrina Djamil, délégation indonésienne au colloque Agro-alimentaire :
"Les colloques étaient axés sur les problèmes des régions françaises. On n'a pas assez parlé au niveau international. Il s'agissait surtout d'une opération de marketing. Mais dans quelle mesure la France est-elle prête à recevoir de nouveaux produits, de nouveaux goûts ? Nous n'avons pas établi de contacts. On n'a pas assez présenté les organisations. Des conférences de presse auraient pu se tenir pour permetttre plus facilement le contact."
· Nazih El Koury, ACEC, Qatar au colloque Energie XXIe siècle :
"Nous avons déjà investi dans la région. Nous sommes déjà en contact avec des partenaires locaux : Elf, Atochem, EDF. Nous avons trouvé des entreprises en relation avec nos besoins."
· Un participant britannique au colloque Micro-électronique pour l'homme :
"Le confort était excellent. J'en tire une bonne image de Marseille. Les sujets étaient intéressants. Pourtant on a regretté que le colloque ne soit pas plus axé vers la recherche."
Propos recueillis par valérie pala
Qui devra demain assumer les surcoûts technologiques des médicaments ou des équipements médicaux ultra-performants ? Telle était la question sous-tendue lors du débat consacré à "Polymères et santé". Car si industriels, chercheurs et médecins s'accordent à accroître le progrès, ils ne savent pas encore qui le financera dans un contexte de réduction des dépenses de santé...
Dites "industrie chimique" et, dans l'esprit de tout un chacun, ça fait tilt ! On pense immédiatement à d'épaisses fumées polluantes, aux difficultés respiratoires des riverains des usines, aux risques qu'elles font peser en cas d'accident, aux odeurs qu'elles propagent... Rares sont les personnes, dans ce triste tableau, qui tenteront d'équilibrer les points de vue en évoquant leur poids économique, le nombre d'emplois qu'elles génèrent ou leur contribution à la vie quotidienne de chacun d'entre nous. Les responsables de World Med, et notamment les organisateurs du colloque Chimie pour la santé ont voulu prendre les polémiques faciles à contre-courant. Résultat : le colloque du 19 septembre sur le thème Polymères et santé a fait tomber quelques idées reçues. Car du pétrole qui débarque par le port de Marseille dans les cuves des raffineries au tube de perfusion qui alimente le malade d'un hôpital, il existe une longue chaîne de recherche et de production dans laquelle l'objectif d'amélioration de la santé des hommes tient sa part... à condition de correspondre à un marché.
Utilisations multiples
La chimie est partout. Et les polymères (dont les matières plastiques font partie) n'ont pas fini d'envahir notre quotidien. Equipements et tableaux de bord des voitures, emballages alimentaires, textiles, moquettes, sont composés aujourd'hui de polypropylène. Idem pour le polyéthylène qui, à l'origine, avait pour seule vocation de servir à la fabrication de hoola-hoop et qui aujourd'hui est à la base de nombreux produits. Comme le dit Bernard Roche, directeur d'Appryl, "avec des matières plastiques, on peut obtenir tout et son contraire". Et en matière de santé, on ne compte plus les outils fabriqués à base de produits chimiques : seringues, cathéters, fils de suture, prothèses vasculaires, emballages médicaux, médicaments, sondes, drains, etc. Cardiologue au CHU de Marseille, le professeur Jean-Louis Bonnet traite aujourd'hui l'artério-sclérose coronaire avec un petit ballon dilatateur en plastique pour éviter un pontage à ses patients. Le docteur Philippe Brunet préfère utiliser, pour effectuer les dyalises de ses malades, des membranes synthétiques plutôt que des membranes en cellulose aux performances moins avérées sur une longue durée. Et, actuellement, l'Assistance publique de Marseille (APM) remplace les contenants en verre destinés aux perfusions par des contenants en plastique. La médecine exige beaucoup sur plusieurs plans : technologique (poids, dureté, perméabilité...), physique (résistance au vieillissement, à la chaleur, à la lumière...), chimique (éviter les interactions contenant/contenu) et biologique (compatibilité avec des micro-organismes, non toxicité). Les polymères, par leurs caractéristiques, semblent les plus aptes à satisfaire ces attentes. A condition d'être accessibles à un "bon prix" comme l'explique le professeur André Gayte-Sorbier, chef du service central de la pharmacie et du médicament à l'APM. La Sécurité sociale veillant scrupuleusement à la réduction des dépenses de santé...
Innovation sans marché
Et c'est là que le bât blesse... Car comment concilier logique économique et progrès de la médecine ? "Seulement 0,5 % de la production mondiale de polymères est affecté à la santé, indique Pierre Mangin, directeur général de Recherche et Technologies à BP Chemicals. Si l'on veut continuer à répondre à cette demande de polymères sophistiqués donc chers en coûts de recherche et de production, il faut que nous puissions parallèlement nous appuyer sur des volumes de vente importants dans des pays demandeurs de polymères de grande diffusion, tels que le Sud-Est asiatique par exemple." Même constat chez Bernard Roche : "En volume, l'emballage médical représente à peine plus d'un pour cent du volume total de l'emballage plastique." Ou chez Patrick Breitburd, président du directoire de B. Braun Médical SA qui fabrique et vend du matériel médical dans le monde entier : "Une poche à perfusion contient le soluté plus le nécessaire à perfusion. C'est-à-dire une trentaine de pièces composées d'une quinzaine de matières plastiques différentes. Pour résoudre le problème du coût, il faudrait en fait un modèle et pas dix !" Une solution forcément limitée : tous les industriels savent qu'une standardisation des produits entraînerait un accroissement de la concurrence qui menacerait leur capacité d'innovation. La Chine et l'Inde, en ce sens, ont d'ailleurs déjà commencé à se manifester sans se plier aux mêmes contraintes de qualité...
Insolubles paradoxes
Résoudre en même temps tous ces paramètres apparaît impossible. Car, par exemple, pour qu'il y ait un vrai marché, il faudrait une augmentation du nombre de malades que des médecins s'acharneraient à soigner avec des médicaments que la Sécurité sociale continuerait de rembourser au mépris de ses déficits ! A moins que l'on ne s'oriente vers un système radicalement opposé à celui que nous connaissons actuellement : le patient deviendrait plus consommateur qu'assuré social et assumerait seul le prix de sa santé en payant le surcoût de technologie entre des médicaments "premier prix" et des médicaments haut de gamme ! Si médecins, chercheurs et industriels se sont accordés à uvrer ensemble pour favoriser le progrès, ils n'ont pas pu trouver de réponse à ce qui est un problème majeur de société. André Gayte-Sorbier s'avoue néanmoins optimiste : "Le contexte de diminution des dépenses n'empêchera pas les innovations en matière de santé, parce que tout le monde y a intérêt !"
jean-christophe barla
Réunis lors du World Med 96, des spécialistes de l'agro-alimentaire ont échangé leurs vues sur les aliments de demain. Adaptés à un monde plus rapide, ils devront cependant conserver les qualités des aliments d'antant pour séduire le consommateur.
Rétifs aux innovations, accrochés à un passé révolu, incapables d'anticiper sur le marché... Tel serait, selon certains, l'entrepreneur français. A ceux-là, le colloque consacré à l'agro-alimentaire dans le cadre du World Med 96 a adressé un démenti cinglant. Consacré à "l'Aliment de demain", la rencontre a vu se succéder nombre de spécialistes déterminés à se préparer aux nouvelles attentes des consommateurs des pays développés. Il s'agissait avant tout d'être attentifs, aux modifications des modes de vie qui influencent nos habitudes alimentaires.
Grignotage
Directeur de marketing chez Danone, Philippe Rambaud a dégagé quelques traits fondamentaux de notre société. "Les femmes sont au travail, a-t-il commencé. Conséquence : on consacrait en moyenne deux heures et demi à s'alimenter en 1960. Aujourd'hui, certains repas n'excèdent pas un quart d'heure... Il est vrai que les prises alimentaires jalonnent la journée. Aux Etats-unis, on s'alimente en moyenne quinze fois par jour. C'est l'explosion du grignotage !" Cette évolution est due aussi à la progression des ménages monoparentaux. Ecartelés entre les enfants et le travail, les parents d'aujourd'hui, et ceux de demain, n'ont plus le temps de cuisiner. Le marché des plats pré-cuisinés, prêts à consommer, a de beaux jours devant lui. "Mais attention, poursuit Philippe Rambaud, ce consommateur n'a pas pour autant renoncé au goût. Il aspire dans un même mouvement à une nourriture enracinée dans le terroir, mais aussi exotique..." Ce conbsommateur n'est pas très facile à satisfaire... Il est éduqué, confronté à un "hyper-choix" et surtout... relativement désargenté ! Car nos prospecteurs ne fondent plus d'espoirs sur une providentielle reprise économique...
Plaisir et santé
Ces exigences croisées sont synthétisées par un grand classique du marketing : les "quatre S". D'abord S comme service. "Facilitez-moi la vie !", s'exclame le consommateur. Puis comme satisfaction et santé: "Donnez-moi du plaisir gustatif, j'en profiterai aussi pour me soigner avec ce que je mange !"" Car la frontère entre aliment et médicament s'est brouillée... Enfin il réclame à juste titre la sécurité. Comme le prouve l'actualité, le moindre doute sanitaire peut être fatal à un produit. "D'autant qu'avec la hausse de l'espérance de vie, précise Jean-Louis Lambert, professeur à l'Ecole nationale des ingénieurs des techniques industrielles, le client pense sa santé sur la durée. Il se demande si ce qu'il mange aujourd'hui ne va pas lui coller une maladie cardio-vasculaire dans dix ans."
Concernant le médication alimentaire, le professeur Pierre Louisot de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM), a calmé par avance les ardeurs de certains. "Se prévaloir d'effets bénéfiques sur la santé de tel ou tel aliment est permis par la loi. Mais, encore faut-il le démontrer... Et ça, c'est loin d'être gratuit." Les entrepreneurs devront donc se contenter d'emballages agrémentés de notification banales. D'autant qu'en la matière la législation européenne est restrictive. Toute allégation de type médical est proscrite.
French paradox
Mais, pour Serge Renaud de l'INSERM, en matière de santé, le Midi de la France dispose d'un atout de taille : sa tradition culinaire ! Serge Renaud a vécu successivement en France et en Amérique du Nord. Il a pu expérimenter personnellement ce que les Américains ont appelé le "french paradox.""Sa vérité tient en quelques chiffres : les décès dus aux maladies coronariennes sont moitié moins nombreux dans les pays d'habitudes alimentaires méditerranéennes que dans les pays du nord. Et le fossé est encore plus profond avec les Etats-Unis. Mieux encore. Il suffirait de deux ou trois mois pour que ce régime produise son effet. Le miracle tient surtout à la consommation d'huile végétale en lieu et place du beurre et de la crème. Pas de quoi s'adonner à l'ascétisme pour être en bonne santé. D'autant que les libations modérées de vin sont aussi vivement recommandée... Régulières, elles réduisent de quarante pour cent les risques de maladies cardio-vasculaires ! Comme devait le souligner avec jubilation Serge Renaud, "il paraît difficile d'allier plus étroitement plaisir et santé. Et c'est le recours à la plus haute civilisation qui nous le permet ! "" Finalement les repas de demain ne s'annoncent pas si fades...
christophe dessanti
Terroir sous cellophane Grand amateur de plats préparés prêts à consommer sous cellophane, le consommateur actuel se pourlèche cependant les babines au seul mot de "terroir". Il veut de l'authentique. La preuve, il est prêt à... l'acheter. "Quand on parle goût, mémoire, racines, on peut vendre quatre-vingt pour cent plus cher", assure Alexandre Lazareff, directeur du Centre national des arts culinaires. Peut importe d'ailleurs le terroir dont il s'agit : français, européen, asiatique..."L'important c'est de rassurer le consommateur qui refuse d'admettre que ce qu'il mange puisse provenir d'une industrie." souligne Jean-Louis Lambert, professeur à l'Ecole nationale des ingénieurs des techniques des industries. Encore faut-il ne pas tromper les consommateurs sous peine de tuer la poule aux ufs d'or. "Il faut revoir et peut-être étendre le système des labels. Ces produits certifiés devront être vraiment enracinés. Sinon, avertit Christiane Lambert, présidente du Centre national des jeunes agriculteurs, ils ne feront pas illusion longtemps." Le plus grave étant alors la suspicion qui s'abattrait sur les authentiques produits du terroir. c. d. n |
Les deux maillons
Dès l'introduction du colloque, Henri Roux-Alezais a souligné la nécessaire solidarité entre les différents membres de la filière agro-alimentaire. Message parfaitement reçu par les participants.
Chacun a mis l'accent sur l'interdépendance entre les différents maillons de la chaîne. Les agriculteurs n'ont pas été oubliés. "Pour nous, a lançé Christiane Lambert, présidente du Centre national des jeunes agriculteurs, la filière agro-alimentaire se conçoit de la fourche à la fourchette. "Les nouvelles aspirations des consommateurs ont des conséquences sur les distributeurs, les professionnles du conditionnement, mais aussi sur les agriculteurs. Eux aussi doivent anticiper sur les goûts de demain.
Qu'un seul maillon de la chaîne soit faible et tous en pâtissent. L'actualité en fournit la terrible illustration. La maladie de la vache folle a des conséquences terribles pour les éleveurs. Mais elle touche aussi les distributeurs, les abattoirs, les bouchers...
Transparence
D'autant qu'à l'autre extrémité de la chaîne, se trouve le consommateur. Plus exigent qu'auparavant, il joue sans pitié de la concurrence. Pour Christiane Lambert, il faut en faire un allié, un membre à part entière de la chaîne agro-alimentaire. En plus de la qualité et de la sécurité, elle propose de lui donner la transparence. Si le consommateur se méfie des nouvelles techniques de production, c'est souvent par ignorance ou par méfiance... Les déclarations de bonnes intentions des professionnels ne suffisent plus. Même les labels les plus anciens commencent à être discrédités auprès du public. "Les produits certifiés doivent s'élaborer dans la transparence. Sinon ils seront pris pour une opération de marketing de plus..." Peut-être les recommandations de Christiane Lambert se résument-elles à une notion bien désuète : l'exigence d'honnêteté.
c. d. n
Et si Marseille ne se portait finalement pas si mal ? En fin de semaine dernière, en tout cas, on pouvait se prendre à le croire. Jugez plutôt...
Le 18 septembre, World Med attirait dans la ville, pour trois jours, 600 dirigeants d'entreprises, venus de 46 pays différents, leurs 270 "accompagnants" et 123 journalistes français et étrangers pour cinq colloques économiques.
Le même jour, la multinationale Wolford qui fabrique bas, collants et bodies inaugurait le magasin qu'elle vient d'ouvrir rue Paradis. Elle tenait une réunion de tous les responsables de boutiques en Europe. Et créait à Marseille un double événement dans le monde de la mode : une exposition de photos d'Howard Schatz et de Helmut Newton consacrée à Wolford à l'Espace Mode Méditerranée et la présentation en exclusivité au Cercle des Nageurs, de Swimbody, leur première collection de maillots de bain réalisée par leur directrice artistique Chantal Thomass.
Enfin, le 20 septembre, la Foire de Marseille ouvrait ses portes. Evénement populaire par excellence, elle offrait aussi une large place à l'international avec des invités spéciaux : Italie, Vietnam, Russie ou Chine... Et le photographe David Hamilton présentait son monde en avant-première européenne dans le nouveau Palais des congrès.
Durant ces trois jours, la population marseillaise n'a sans doute pas perçu la dimension internationale de ces événements. Certes, ils n'ont pas créé d'emplois immédiatement ni résolu des problèmes sociaux majeurs. Mais des jalons ont été posés pour l'avenir. C'est en montant des "gros coups" comme ceux-là que Marseille retournera sur la voie du développement économique...
jean-christophe barla
World Med 96. Grosse affaire. Mille cinq cents invités, venus de France et même d'ailleurs, ont répondu présents à cette grand-messe économique, destinée à la promotion de Marseille et de sa région. Rien à voir évidemment avec la Foire aux Santons ou autre Fête de l'Ail, supposées véhiculer une image typique de la Provence. Non, World Med, c'est Marseille sans l'assent.
Foin du pittoresque et de la pagnolade, il s'agit de convaincre les décideurs, investisseurs et PDG de tous poils que Marseille est leur avenir économique. Et le nôtre, soit dit en passant. Colloques pointus et grosses pointures du monde économique à l'appui. Pas question de virer couleur locale.
Impressionnée, la météo elle-même s'était mise de la partie. Point de ciel bleu Provence, mais une pluie battante. Comme pour prouver qu'à Marseille on peut rivaliser sans complexes avec les grandes métropoles du Nord.
On a failli frôler la catastrophe. Ne voilà-t-il pas que notre ministre-maire promet qu'un coup de mistral nous rendra bientôt notre soleil légendaire ? Heureusement, le ciel n'en a fait qu'à sa tête, faisant tomber sur la nôtre toute l'eau qu'il a voulu. Ce n'est pas si souvent que Marseille a l'occasion d'échapper aux clichés.
dominique allard
A force de se regarder le nombril, on finit par ne plus voir venir les menaces... Depuis que les responsables politiques de notre région se sont mis en tête de rééquilibrer la construction européenne vers le Sud par la constitution d'un théorique "Arc méditerranéen", ils ne cessent de clamer tout le potentiel que recèle le positionnement central de Marseille dans une telle perspective. Barcelone, ainsi, serait trop à l'ouest et Gênes trop à l'est pour espérer quoi que ce soit. Le développement de la ville serait incontournable. L'Union européenne passera par Marseille puisque nous sommes au milieu de tout...
On comprend l'enjeu et l'argument dans une bataille économique qui se fait de plus en plus dure. Mais si l'on se dit en tête, un petit coup d'il dans le rétroviseur, de temps en temps, ne s'avère pas superflu. Au moins permet-il de juger son avance et sa marge de manoeuvre...
Ainsi, en se bornant à un simple constat, le dossier de Sud sur les trois ports de Barcelone, Gênes et Marseille (voir ci-contre), soulève des questionnements. A Barcelone et Gênes, la fiabilité a été retrouvée au terme d'une réorganisation de la gestion des ports et de la manutention, sur la base de plusieurs privatisations. Dans le port espagnol, on s'est engagé aussi dans un plan qualité destiné à garantir la sécurité des marchandises, la réduction du temps de dédouanement et des coûts de traitement des marchandises. Ou encore sur un plan de développement des infrastructures logistiques d'un montant de 20 milliards de francs sur 15 à 20 ans, soit près de 12 fois plus que l'investissement public prévu sur Euroméditerranée. Ces concurrents se sont également laissés convaincre qu'il valait mieux parfois créer des activités de loisirs et de tourisme là où les installations portuaires étaient devenues vétustes et inadaptées...
S'il ne s'agit pas de copier, des pistes de discussion peuvent s'ouvrir en s'inspirant de ce qui se pratique ailleurs. Et avant de s'apercevoir que tout centre que l'on est, c'est le vide qui nous entoure...
jc barla